être

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1. être

v.i. [ du lat. esse ]
1. (Auxil.) Suivi d'un participe passé, forme le passif des verbes transitifs, les temps composés des pronominaux, de certains intransitifs et de certains impersonnels : Tu es écoutée par tes collègues. Ils se sont crus invincibles. Vous vous êtes succédé. Je suis descendue au garage. Il s'en est fallu de peu.
2. Sert à lier le sujet réel ou apparent et son attribut : Les lettres sont rouges. Il est instructif de consulter Internet.
3. Sert à indiquer le lieu, le moment, l'état, la situation, etc. : Vous étiez au cinéma se trouver il part demeurer, rester favorable ou défavorable à ce projet
4. Avoir une réalité : « Je pense donc je suis » [Descartes] vivre exister
5. (Aux temps composés) Aller, se rendre : Nous avons été au musée visiter
En être à,
être parvenu à un certain point, un certain résultat : Où en étions-nous ? Il en est à tout accepter en arriver à
Être à qqch ou être tout à qqch,
s'y consacrer : Elle est tout à son entreprise.
Être à qqn,
appartenir à qqn : Cet ordinateur est à moi.
Être de,
venir de : Elle est du Québec ; faire partie de : Être de la police.
Être en,
être vêtu de : Être en pyjama.
Être sans,
manquer de : Être sans ressources.
Être sur qqch,
s'occuper de qqch : Je suis sur le problème depuis plusieurs jours.
Fût-ce, ne serait-ce que,
servent à exprimer une supposition : J'y arriverai, fût-ce au détriment de ma santé même si c'est seulement
N'être plus,
avoir cessé de vivre.
Y être,
se trouver chez soi : Je n'y suis pour personne ; fig., comprendre : Non, vous n'y êtes pas du tout.
v. impers.
1. Indique l'heure, le moment : Il est midi. Il était trop tard.
2. Litt. Indique l'existence : Il était une fois... il y avait

2. être

n.m. [ de 1. être ]
1. Le fait d'être, l'existence : L'être et le paraître.
2. Ce qui possède l'existence, la vie (par opp. à chose) : Les êtres vivants créature un homme ou une femme
3. Individu de l'espèce humaine : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » [Lamartine]. Pleurer un être cher une personne que l'on aime
4. Nature profonde de qqn : Elle était bouleversée jusqu'au tréfonds de son être.
L'Être suprême,
Dieu.
Maxipoche 2014 © Larousse 2013

ÊTRE1

(ê-tr') , je suis, tu es, il est, nous sommes, vous êtes, ils sont ; j'étais ; je fus ; je serai ; je serais ; sois, qu'il soit, soyons, soyez, qu'ils soient ; que je sois, que tu sois, qu'il soit, que nous soyons, que vous soyez, qu'ils soient ; que je fusse ; étant ; été v. n.
Il sert en général à lier l'attribut au sujet, à indiquer l'existence de l'attribut dans le sujet, à attribuer à quelqu'un ou à quelque chose une qualité, un état, etc. ; c'est là le sens propre et primitif. La terre est ronde. Louis XIV fut roi de France. Il était négociant.
Mais soit cette croyance ou fausse ou véritable [CORN., Poly. II, 3]
Je suis toujours moi-même et mon cœur n'est point autre [ID., Cinna, III, 4]
Et ne l'écouter pas est le faire enrager [MOL., Mélic. I, 3]
Je crois que deux et deux sont quatre [ID., D. Juan, III, 1]
Son pays le crut fou [Démocrite] ; petits esprits ! mais quoi ! Aucun n'est prophète chez soi ; Ces gens étaient les fous, Démocrite le sage [LA FONT., Fabl. VIII, 26]
Combien de gens, seigneur, s'ils faisaient même chose, Sachant ce qu'ils étaient et voyant ce qu'ils sont, Auraient à votre cour moins d'orgueil qu'ils n'en ont ! [BOURSAULT, Ésope à la cour, v, 3]
Rarement un esprit ose être ce qu'il est [BOILEAU, Ép. IX]
J'étais père et sujet, je suis amant et roi [RAC., Théb. v, 4]
Mardochée à ses yeux est une âme trop vile [ID., Esth. II, 1]
Qu'ils soient comme la poudre et la paille légère Que le vent chasse devant lui [ID., ib. 1, 3]
Jetez-moi dans les troupes comme un simple soldat, je suis Thersite ; mettez-moi à la tête d'une armée dont j'aie à répondre, je suis Achille [LA BRUY., IX.]
Être chrétien et n'être pas pénitent était une nouveauté [MASS., Car. Jeûne.]
Séparez ce que nous sommes du ministère que nous remplissons [ID., Car. Parole.]
Ce qui rend la ferveur si essentielle est la majesté de celui que nous prions [ID., Car. Prière 2]
Il ne faut que des substantifs pour nommer tous les objets dont nous pouvons parler ; il ne faut que des adjectifs pour en exprimer toutes les qualités ; enfin il ne faut que le seul verbe être pour prononcer tous nos jugements [CONDILLAC, Gramm. I, 13]
Soyons se dit souvent, surtout dans le style élevé, en se parlant à soi-même.
Soyons indigne sœur d'un si généreux frère [CORN., Hor. IV, 4]
Étouffe tes soupirs, malheureuse Constance ; Soyons en tous les temps digne de ma naissance [VOLT., le Prince de Navarre, III, 3]
Ah ! soyons sage, il est bien temps de l'être [ID., Enfant prod. III, 6]
Soyons vrais, de nos maux n'accusons que nous-mêmes [LA HARPE, Warwick, v, 5]
Terme de manége. Être droit, se dit d'un cheval qui ne boite point.
Avec un sens antonomastique, par suppression de l'attribut, avoir l'existence réelle. Dieu, dans l'Écriture sainte, s'appelle celui qui est.
Et je garde avec vous la même liberté Que si votre Sylla n'avait jamais été [CORN., Sertor. III, 2]
Que l'homme, étant revenu à soi, considère ce qu'il est au prix de ce qui est [PASC., Pensées, art. I, 1]
Qui sait même ce que c'est qu'être, puisqu'il n'y a rien de plus général et qu'il faudrait d'abord, pour l'expliquer, se servir de ce mot-là même, en disant : c'est être... ? [ID., Entret. avec M. de Saci, p. XI, édit. HAVET.]
Quoique fils d'Abraham, il [Jésus-Christ] était devant qu'Abraham fût fait [BOSSUET, Hist. II, 6]
Notre âme n'est pas devant notre corps, et quelque chose lui manque lorsqu'elle en est séparée [ID., ib.]
Et les faibles mortels, vains jouets du trépas, Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étaient pas [RAC., Esth. I, 3]
Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais [ID., ib. I, 4]
Hâtons-nous aujourd'hui de jouir de la vie ; Qui sait si nous serons demain ? [ID., Athal. II, 9]
Peut-être sommes-nous cause qu'on y a fait [dans les autres planètes] le procès à des philosophes qui ont voulu soutenir que nous étions [que la terre avait des habitants] [FONTEN., Mondes, 4e soir.]
Les espèces inférieures sont pour les espèces supérieures : la plante est pour la brute, la brute pour l'homme, l'homme pour des natures plus parfaites ; celles-ci pour d'autres plus parfaites encore [BONNET, Œuvres mêlées, t. XVIII, p. 198, dans POUGENS]
Accablés du soin d'être et du travail de vivre [ST.-LAMBERT, Saisons, III]
Il se dit aussi d'une existence purement idéale.
En un mot, une conversion qui n'est pas entière, n'est point du tout [MASS., Car. Pâques.]
Où la vertu n'est point, la liberté n'est pas [DUCIS, Abufar, II, 7]
Cela n'est pas, je doute que cela soit, c'est-à-dire cela n'est pas vrai, réel, je doute que cela soit vrai. Cela sera, cela ne sera pas, c'est-à-dire cela arrivera, cela n'arrivera pas. Vous n'étiez pas encore au monde, ou, simplement, vous n'étiez pas encore, quand.... c'est-à-dire vous n'étiez pas encore né, quand.... En poésie et dans le style élevé, n'être plus, avoir cessé de vivre.
J'apprends en ce moment que mon père n'est plus [CORN., Othon, v, 9]
Nos pères ont péché, nos pères ne sont plus, Et nous portons la peine de leurs crimes [RAC., Esth. I, 5]
Le prétérit fut, ou, impersonnellement, il fut, se dit pour signifier que quelque chose a cessé d'exister.
Il fut des Juifs, il fut une insolente race [RAC., Esth. II, 1]
Homère m'a guidé dans les champs où fut Troie [DELILLE, Imagin. VII]
Être, se dit quelquefois pour exprimer la réalité, par opposition à l'apparence.
Rien n'est bon que d'avoir une belle et bonne âme : on la voit en toute chose comme au travers d'un cœur de cristal : on ne se cache point ; vous n'avez point vu de dupes là-dessus ; on n'a jamais pris longtemps l'ombre pour le corps ; il faut être, il faut être, si l'on veut paraître.... [SÉV., Lett. 9 sept. 1675]
Se trouver en un lieu. Soyez ici ou là, que m'importe ? Fig. Être ailleurs, ne pas prêter son attention. Répétez, je vous prie, j'étais ailleurs.
Être, se construit avec certains adverbes et avec des locutions adverbiales.
Mais laissez-moi passer entre vous deux, pour cause : Je serai mieux en main pour vous conter la chose [MOL., Princ. d'Él. I, 2]
Soyons de concert auprès des malades [ID., Am. méd. III, 1]
Être bien, être mal avec quelqu'un, être avec quelqu'un dans de bons, dans de mauvais rapports. Être bien, être mal, se porter bien, se porter mal. Et sans ces adverbes : Comment est notre malade, comment va-t-il ?
Être, construit avec la préposition à, exprime en particulier l'appartenance, la dépendance. Cette maison est à moi.
Avant que d'être à vous, je suis à mon pays [CORN., Hor. II, 5]
Mais, pour en disposer, ce sang est-il à vous ? [ID., Poly. IV, 3]
Que si j'étais à moi, je voudrais être à vous [ID., Tois. d'or, V, 1]
Que dis-je ? votre vie, Esther, est-elle à vous ? N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue ? N'est-elle pas à Dieu dont vous l'avez reçue ? [RAC., Esth. I, 3]
Vous n'êtes point à vous ; le temps, les biens, la vie, Rien ne vous appartient, tout est à la patrie [GRESSET, Sidnei, II, 6]
Être à...., être lié par les nœuds du mariage, de l'amour.
Ce qu'elles nous sont [les liens qui nous attachent à elles] ferait qu'avec justice On nous imputerait ce mauvais artifice [CORN., Hor. II, 8]
Je vous vis, je formai le dessein d'être à vous [RAC., Mithr. I, 2]
Je ne suis point à vous, je suis à votre père [ID., ib. II, 6]
Nous en avons parlé cent fois le comte et moi, sans qu'il sût ce que je vous suis [DANCOURT, la Folle enchère, sc. 22]
Être à, être au service de.
.... Je connais ce valet, il est à don Fadrique.... [TH. CORN., Engagem. du has. I, 6]
Cela vient d'un gentilhomme qui était à M. de Turenne [SÉV., 201]
Je suis tout à vous, tout disposé à faire ce qui vous sera agréable. Je suis à vous dans un moment, c'est-à-dire attendez-moi, je reviens à l'instant, ou je vais m'occuper de vous.
Je suis à toi dans un moment [HAMILT., Gramm. 4]
Il n'est plus à lui, se dit d'un homme dont l'esprit est dans une agitation extrême.
Je ne suis plus à moi quand j'entends ce discours [CORN., Poly. II, 1]
On dit dans un sens analogue, n'être plus soi-même.
Je ne vous connais plus ; vous n'êtes plus vous-même [RAC., Andr. III, 1]
Être à, se dit aussi de la situation, du temps, de l'occupation, etc. Le malade est à l'agonie. Il est à son travail. Il est au lit. Ma famille est à la campagne. Nous sommes au mois de janvier. Vous êtes à la fin du trimestre. Être à jeun, se dit d'une personne qui n'a pris aucun aliment dans la journée. Être à mépris, être méprisé.
Et toi, pour te montrer que tu m'es à mépris, Voilà ton demi-cent d'épingles de Paris [MOL., Dép. am. IV, 4]
Être à, se dit, dans le langage des mathématiques, des rapports et des proportions. 2 est à 4 comme 8 est à 16.
Comme le produit d'un terrain inculte est au produit d'un terrain cultivé, de même le nombre des sauvages dans un pays est au nombre des laboureurs dans un autre [MONTESQ., Esp. XVIII, 16]
Être à quelque chose, s'en occuper, y prêter attention. Il est tout à ce qu'il fait. Vous n'êtes pas à ce que je vous dis. Être à, suivi d'un infinitif, être occupé à....
Je fus samedi tout le jour chez Mme de Villars à parler de vous [SÉV., 15]
Être longtemps à, mettre beaucoup de temps. Il est longtemps à faire son ouvrage.
Ces soleils sont parfois longtemps à se lever [TRISTAN, M. de Chrispe, IV, 2]
Familièrement. Il est toujours à se plaindre, ils sont toujours à se quereller, il ne cesse de se plaindre, ils ne cessent de se quereller. Être à faire, à savoir, etc. c'est-à-dire ne pas faire encore, ne pas savoir encore, etc.
Ah ! sire, êtes-vous donc à vous apercevoir Qu'il sème.... [MAIRET, Solim. II, 2]
Ce glorieux vainqueur est encore à savoir Le mauvais traitement qu'il me fait recevoir [ID., Soph. I, 4]
Je n'étais pas à savoir en combien de choses elle [Mlle Choin] entrait [SAINT-SIMON, t. VIII, p. 264, édit. CHÉRUEL.]
Je n'étais pas à dire mon avis avec colère à Mme la duchesse d'Orléans sur sa manière d'être avec Monseigneur [SAINT-SIMON, t. VIII, p. 262]
Être à plaindre, à blâmer, être digne de pitié, de blâme. Cela est à vendre, à louer, c'est-à-dire on veut vendre, on veut louer cela. On dit aussi cette marchandise est à prendre ou à laisser. Cela est à faire, cela est à recommencer, c'est-à-dire on devra faire, recommencer cela. Être homme à, être capable de....
Albert n'est pas un homme à vous refuser rien [MOL., Dép. am. I, 2]
Impersonnellement. Il est à croire, à désirer, etc. on doit croire, désirer, etc.
Être, construit avec la préposition de, indique le rapport de l'effet à la cause, l'origine, l'extraction. Cette tragédie est de Corneille. Cet enfant est de lui. Cette marchandise est de fabrique anglaise. Ces figues sont du Levant.
Ces damnables complots sont des gens de la cour [ROTR., Bélis. II, 9]
Le poëte Épiménide, qui fit un voyage à Athènes du temps de Solon, était de Crète [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. IV, p. 483, dans POUGENS]
Ces lois viennent des dieux, le reste est des humains [VOLT., Orphel. II, 3]
Être de, exprime la profession, la condition. Il est d'Église, d'épée, de robe. Il exprime la matière. Cette statue est de marbre. Il exprime l'occupation. Je suis de service, de garde. Un interne est de garde dans un hôpital. Il est de semaine. Marque la participation. Il est de moitié dans l'affaire. Il sera de la partie.
[Ils] Sont de tous leurs cadeaux, de toutes leurs parties [MOL., Éc. des f. IV, 8]
Mais, monsieur, cela serait-il de la permission que vous m'avez donnée, si je vous disais.... [ID., Don Juan, I, 2]
On ne voit pas que vous évitiez ces entretiens, ces lieux, ces plaisirs qui sont pourtant de toutes vos confessions [MASS., Car. Inconst.]
Je vous supplierais de permettre que le nonce du pape en Pologne fût du souper [VOLT., Lett. à Cath. 20]
Aussi disait-on de Fontenelle qu'il avait été le patriarche d'une secte dont il n'était pas [D'ALEMB., Élog. Despréaux.]
M. de Melun fut du voyage [GENLIS, Mlle de Clermont, p. 116, dans POUGENS]
Être du nombre de, ou, simplement, être de, être parmi. Je ne suis pas de ces gens qui.... Je suis d'avis que...., c'est-à-dire mon avis est que....
Le prince [Alexandre] ayant mis l'affaire en délibération, Parménion était d'avis d'accepter ces offres, et dit que pour lui il le ferait s'il était Alexandre [ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. III, p. 303, dans POUGENS]
Cela est bien de son caractère, cela est bien de lui, c'est-à-dire cela est conforme à son caractère, à sa manière de penser et d'agir. Cela n'est pas du jeu ou de jeu, c'est-à-dire cela n'est pas selon les règles du jeu, ne fait pas partie des conventions. Exprime la manière d'être. Cet enfant est d'une grande intelligence. Cette étoffe est d'un teint trop clair.
Il est d'une jalousie qui devient tous les jours plus insupportable [GENLIS, Théât. d'éduc. la Bonne mère, II, 3]
Être de, avec un substantif, exprime quelquefois la nécessité, l'obligation d'une chose. Dans ce lieu une mise décente est de rigueur.
Comme si le respect qu'on a pour les anciens philosophes était de devoir, et que celui qu'on porte aux plus anciens pères était seulement de bienséance [PASC., Autorité en phil.]
Exprime la conformité. Ces habitudes ne sont plus de nos mœurs. Être de l'avis, de l'opinion de quelqu'un, partager son avis, son opinion. Être de quelque chose à quelqu'un, l'intéresser.
Le Rhône et Lyon me sont de quelque chose [SÉV., 39]
Il ne m'est de rien, nous ne sommes pas parents. Familièrement. Il ne m'est ni d'ève ni d'Adam, je n'ai pas avec lui de parenté si éloignée qu'elle soit. Impersonnellement. Il est d'homme sage, etc. c'est l'action d'un homme sage.
Pourquoi cette ruine ? était-il d'homme sage De mutiler ainsi ces pauvres habitants [arbres fruitiers] ? [LA FONT., Fabl. XII, 20]
Il est de la justice, etc. la justice commande. La peste soit du butor ! Peste soit de vous ! Voy. PESTE.
Terme de généalogie. Être du trois au quatre, du cinq au quatre avec quelqu'un, être dans un degré de parenté tel que les deux personnes dont il s'agit, appartenant à deux branches différentes, aient un bisaïeul, un trisaïeul commun ; ainsi la parenté du grand Condé avec M. de Vardes était du cinq au quatre, c'est-à-dire qu'ils avaient un trisaïeul commun, la Trémouille. Ce qui fait que l'on exprime ainsi cette parenté, c'est que le point de départ n'est compté qu'une fois : la Trémouille, une fille, une fille, une fille, Condé, cinq ; de l'autre côté, une fille, un garçon, une fille, Vardes, quatre.
Elle [la princesse de Tarente] n'est que du trois au quatre avec madame la Dauphine ; il faut être son neveu ou sa nièce pour qu'elle compte cela pour quelque chose [SÉV., Lett. 25 mai 1680]
Être, construit avec la particule en, exprime le point où l'on est parvenu dans un travail, dans une affaire, et quelquefois l'état où l'on est réduit. Où en êtes-vous de votre ouvrage ? Où en est l'affaire ? Où en êtes-vous de votre procès ? j'en suis à faire nommer un rapporteur. Voilà où j'en suis.
Juge, Araspe, où j'en suis, s'il veut tout ce qu'il peut [CORN., Nicom. II, 1]
Et où en eussiez-vous été, si on eût pris vos poëmes au pied de la lettre ? [FONTEN., Homère, Ésope.]
Il ne sait où il en est, il est troublé au point qu'il ne sait plus ce qu'il fait.
Je ne sais où j'en suis [CORN., Ment. v, 6]
En êtes-vous là ? croyez-vous cela ? ou bien êtes-vous dans cette résolution, dans cette erreur ? Où en sommes-nous ? se dit par indignation ou par plainte, quand on voit quelque grand désordre. Il n'en est pas où il croit, il est bien loin de ce qu'il espère ou imagine. On supprime quelquefois la particule en.
Tu n'es pas où tu crois ; en vain, tu files doux : Ton excuse n'est point une excuse de mise [MOL., Amph. II, 3]
En être, être de la partie, de l'affaire, etc. Je vous baise les mains, je m'en vais ici près Chez mon oncle dîner. - ô Dieu ! le galant homme ! J'en suis.
... [RÉGNIER, Sat. VIII]
On proposait une chasse, elle déclara qu'elle en voulait être [FÉN., Tél. VII]
Ma foi, je n'en suis plus ; ceci devient tragique [CAMPISTRON, Jaloux désabusé, IV, 6]
S'il faut prendre longtemps de la peine, je n'en suis plus [J. J. ROUSS., Confess. IV]
J'en suis pour ce que j'ai dit, je garde l'opinion que j'avais exprimée. Elliptiquement et familièrement. Il en est, il est d'une société, d'une bande suspecte, de la police. Elliptiquement et populairement. C'en est, je crois que c'en est, se dit, par euphémisme, des excréments humains. Cela n'en est pas, celui-là n'en est pas, c'est-à-dire on ne doit pas faire cela. Il s'agit de jeux, et les coups n'en sont pas. J'en suis pour ma peine, pour mon argent, j'ai perdu ma peine, mon argent. J'en suis pour une dent, j'y ai perdu une dent.
J'en suis pour mon honneur ; mais à toi, qui me l'ôtes, Je t'en ferai du moins pour un bras ou deux côtes [MOL., Sgan. 6]
Peste soit du lourdaud qui me vient fracasser ; Je crois que j'en serai du moins pour une côte [LEGRAND, Roi de Cocagne, III, 9]
J'en fus pour mes lorgneries et mes soupirs, dont même je m'ennuyai bientôt [J. J. ROUSS., Confess. VI]
En être sur, pointiller sur....
Quand je vois des gens en être avec moi sur le plus ou sur le moins.... [LA BRUY., VI]
En être, se dit du résultat, des conséquences d'une chose. On l'a traité outrageusement, et il n'en a rien été. Il en sera de cette affaire ce qu'il vous plaira. On peut aussi supprimer la particule en : Il sera de cette affaire ce qu'il vous plaira. Il en sera ce qu'il plaira à Dieu, se dit pour exprimer qu'on se résigne à la volonté de Dieu, à l'événement quel qu'il soit. Ce qui en est, la réalité, la vérité.
On prétend qu'elle plut au roi, je ne sais ce qui en est [Mme DE CAYLUS, Souven. p. 142, dans POUGENS]
Il en est, il n'en est pas de, exprime la similitude, la conformité. Il en est des peintres comme des poëtes, ils ont la liberté de feindre. Il en est de même de tout le reste. Il n'en est rien, c'est-à-dire cela n'a aucune vérité, cela est faux. Ne croyez pas cette nouvelle, il n'en est rien. Il n'y a pas lieu à mettre en, lorsque la phrase a un complément qui en tient lieu.
Je prie Dieu, monseigneur, qu'il ne soit rien de tout ce que je viens dire [BALZ., liv. II, lett. 6]
10° Être construit avec la particule y. Y être, être chez soi. Y être pour quelqu'un, avoir donné l'ordre précis de recevoir une personne.
Et pourquoi lui dire que je n'y suis pas ? est-ce pour les personnes comme elle qu'on n'y veut pas être ? [DANCOURT, Chev. à la mode, II, 8]
Par plaisanterie. Allez voir là dedans, et, plus souvent, allez voir dehors si j'y suis, se dit pour renvoyer quelqu'un avec qui l'on ne se gêne pas ou contre qui l'on se fâche.
Voyez là dedans si j'y suis [LEGRAND, Roi de Cocagne, II, 10]
Je n'y suis pour rien, je n'ai pris aucune part à la chose dont il s'agit, ou je n'y suis pas compromis. Avez-vous perdu à cette faillite ? Non, je n'y suis pour rien. Vous n'y êtes pas, vous ne comprenez pas. Il y est, il a compris.
M. de Lauzun épouse dimanche, au Louvre, devinez qui.... c'est assurément Mlle de Créqui. - Vous n'y êtes pas [SÉV., 9]
Comment ? je n'y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? [LA BRUY., V]
Il n'y est plus, il ne fait plus attention, ou il est dérouté. La tête n'y est plus, il est fou, il est tombé en enfance.
11° Être se construit avec différentes prépositions. Être après, être occupé à.
On est venu lui dire et par mon artifice, Que les ouvriers sont après son édifice [MOL., l'Étour. II, 1]
Être après quelqu'un, l'obséder, le poursuivre, ou le harceler en paroles. Je ne puis bouger sans qu'il soit après moi. Vous êtes bien moqueur, pourquoi êtes-vous toujours après moi ? Être avec quelqu'un, vivre habituellement avec lui. Y a-t-il longtemps que vous n'êtes plus avec votre frère ? Être avec quelqu'un, se trouver quelque part avec lui. Vous étiez avec moi lorsqu'il me parla. Être avec quelqu'un, rester avec lui.
Soyez avec madame [MOL., Mis. III, 6]
Dans le langage biblique, le Seigneur est avec lui, le protége.
Le Seigneur était avec lui, et tout lui réussissait heureusement [SACI, Bible, Genèse, XXXIX, 2]
Être en, désigne la manière d'être. Être en toilette, en robe de chambre, en pantoufles. Être en fête, en promenade. Une exposition en plein midi. En printemps, en hiver. Déguisé en Turc. Être dans une affaire pour un quart, pour un dixième, y avoir un intérêt d'un quart, d'un dixième. Être pour, suivi d'un infinitif, être propre à, capable de.
Ce serait pour monter à des sommes très hautes [MOL., Fâch. III, 3]
Morbleu ! vous n'êtes pas pour être de mes gens [ID., Mis. I, 1]
Lui aurait-on appris qui je suis, et serais-tu pour me trahir ? [ID., l'Avare, II, 2]
Il y a quelques dégoûts avec un tel époux, mais cela n'est pas pour durer [ID., ib. III, 8]
Être pour, suivi d'un substantif, être du parti de.
Je ne suis point pour Albe et ne suis plus pour Rome [CORN., Hor. I, 1]
Dieu est pour nous, Dieu nous protége. Être pour, être destiné à. Ceci, cette part est pour vous. Mes vœux sont pour vous. Sa dernière pensée a été pour vous. Ce que je dis n'est que pour le contenter. Être pour, être d'avis de. Vous hésitez ? Moi je suis pour la promenade. Être sans fortune, sans amis, n'avoir point de fortune, point d'amis. On dit de même être sans connaissance, sans vie, sans pitié, etc. Être.... sans...., rester.... sans....
On fut quelque temps à la cour sans entendre parler des affaires d'Angleterre [LAFAYETTE, Mém. cour de Fr. Œuvres, t. II, p. 390, dans POUGENS]
On fut deux ans sans entendre parler d'elle [GENLIS, Veillées du château t. I, p. 169, dans POUGENS]
Vous n'êtes pas sans savoir... vous n'ignorez pas sans doute. Cela n'est pas selon la raison, selon la loi, selon les convenances, etc. cela n'est pas conforme à la raison, à la loi, aux convenances, etc. C'est selon, la chose dépend des circonstances. Être sous, dépendre de. J'étais sous un dur maître. Être sous, suivre les leçons de. J'étais sous tel professeur. Être sur, siéger sur, être placé sur. Être sur les tréteaux.
Un grand causeur, s'il est sur les tribunaux, ne laisse pas la liberté de juger [LA BRUY., Théophr. 7]
Être sur, s'occuper de quelqu'un, de quelque chose, en converser.
.... Nous étions tout à l'heure sur toi [MOL., le Dép. I, 2]
Sur quoi en étiez-vous, mesdames, lorsque je vous ai interrompues ? [ID., Critique, 5]
Vous êtes là sur une matière qui depuis quatre jours fait presque l'entretien de toutes les maisons de Paris [ID., ib. 6]
L'autre ouvrage considérable et qui n'est pas encore imprimé, est la traduction de Quinte-Curce, sur laquelle il [Vaugelas] avait été trente ans, la changeant et la corrigeant sans cesse [PELLISSON, Hist. Acad. t. I, p. 300, dans POUGENS]
Dans le langage de l'Écriture, la main de Dieu est sur.... signifie le châtiment infligé par la colère divine.
La main de Dieu fut sur lui, son règne fut court, et sa fin fut affreuse [BOSSUET, Hist. I, 6]
12° Être que de, être de, être à la place de ; ne se dit qu'avec les conjonctions si ou quand. Quand je serais de vous, je ne le ferais pas davantage.
Si j'étais que de vous et que j'eusse une nièce, Je saurais m'en défaire aussitôt... [TH. CORN., Bar. d'Albikrac, IV, 7]
Si j'étais que de vous, je lui achèterais dès aujourd'hui une belle garniture de diamants [MOL., Am. méd. I, 1]
Mais enfin si j'étais de mon fils son époux, Je vous prierais bien fort de n'entrer point chez nous [ID., Tart. I, 1]
Je ne souffrirais point, si jétais que de vous, Que jamais d'Henriette il pût être l'époux [ID., Femm. sav. IV, 2]
13° Impersonnellement. Il est, c'est-à-dire il y a, on trouve. Il est des hommes que la résistance anime. Est-il puissance capable de contraindre la volonté ? Un coquin s'il en est, un coquin s'il en fut, se dit pour exprimer qu'un homme est aussi coquin qu'il est possible.
Grand et hardi menteur s'il en fut jamais [BALZ., Lett. à Conrard, 28 avril 1653]
Des grammairiens ont demandé s'il fallait écrire s'il en fut ou s'il en fût. Le verbe n'est pas au subjonctif, comme on le voit quand le verbe est un présent. Il est en.... de, il est au pouvoir de....
Il est en vous de l'éviter [la colère du ciel] par un prompt repentir [MOL., Festin, IV, 9]
Il n'est pas en moi de faire telle chose, je n'ai pas le pouvoir de faire telle chose, ou bien mon caractère ne me le permet pas. Est-il, signifiant il est certain, ne s'emploie que dans des phrases construites ainsi : toujours est-il, or est-il. Vous soutenez cet homme, toujours est-il qu'il a commis une mauvaise action.
Or est-il que j'en fais un tel fondement, que je ne vous rends pas même les devoirs ordinaires [BALZ., liv. VI, lett. 3]
Or est-il que le Fils de Dieu a voulu choisir la parole pour être l'instrument de sa grâce [BOSSUET, Prédic. 3]
Il n'est rien de si beau que...., nulle chose n'est aussi belle que.... Il est midi, une heure, trois heures, c'est-à-dire l'heure actuelle est midi, une heure, trois heures. Quelle heure est-il ? à l'heure qu'il est. Il est jour, il est nuit, il fait jour, il fait nuit. Il n'est que lundi, mardi, etc. nous ne sommes encore qu'à lundi, mardi.
J'y reçus une de vos lettres ; et, quoiqu'il ne soit que lundi et que celle-ci ne parte que mercredi, je commence à causer avec vous [SÉV., Lett. 19 juill. 1677]
Ce qu'il peut être, autant qu'il peut être.
Et Pompée est vengé ce qu'il peut l'être ici [CORN., Pomp. v, 4]
Il n'est que telle chose, c'est-à-dire il n'est rien de tel que, cela seul convient.
Pour perdre des amants celles qui s'en affligent Donnent trop d'avantage à ceux qui les négligent ; Il n'est lors que la joie, elle nous venge mieux [CORN., Mél. III, 5]
Il n'est que de.... c'est-à-dire le mieux est de.... Il n'est que de prendre les choses comme elles viennent.
Il n'est que d'être fin et de soir et de nuit [RÉGNIER, Épît. II]
Il n'est que d'être libre, et en deniers comptants [ID., ib. II]
L'éclat d'un tel affront l'ayant trop décriée, Il n'est à son avis que d'être mariée [CORN., Suite du Ment. I, 1]
Ma foi, il n'est que de jouer d'adresse en ce monde [MOL., Mal. im Interm. I, sc. 6]
Il n'est que d'entreprendre pour réussir [, Exil de Cicéron, dans DESFONTAINES]
Il n'est pour se haïr que d'être un peu parent [BOISSY, Babillard, sc. 3]
Il n'est que d'être roi pour être heureux au monde ; Bénits soient tes décrets, ô sagesse profonde, Qui me voulus heureux, et, prodigue envers moi, M'as fait dans mon asile et mon maître et mon roi [A. CHÉN., Élég. XXIV]
Il n'est que de s'entendre ; cet homme-là et moi sommes quasi d'accord [P. L. COUR., I, 282]
Il n'est que de.... signifie aussi : en fait de choses dont il s'agit, la meilleure vient de. Il n'est pommes que de Normandie. Il n'est pruneaux que de Tours. Il n'est pas que.... avec ne, et le verbe suivant au subjonctif, il n'est pas supposable que....
Il n'est pas que vous ne sachiez quelques nouvelles de cette affaire [MOL., l'Av. v, 2]
Il n'est pas que vous n'ayez ouï parler du goût bizarre de cet empereur qui préféra les écrits de je ne sais quel poëte aux ouvrages d'Homère [BOILEAU, Dissert. sur Joconde.]
14° Être, construit avec ce antécédent, voy. pour les règles de cette construction CE, à l'article et aux remarques. Ce se rapportant à une personne, à une chose, à une action déjà déterminée. C'est ce que je désirais. C'est bon. C'est vrai.
Vous m'aviez bien promis des conseils d'une femme, Vous me tenez parole et c'en sont là, madame [CORN., Cinna, IV, 4]
Est-ce là ce beau feu, sont-ce là tes serments ? [ID., Poly. v, 3]
De grâce, est-ce pour rire, ou si tous deux vous extravaguez de vouloir que je sois médecin ? [MOL., Méd. m. lui, I, 6]
Hé parbleu ! je l'aurais pendue [citrouille] à l'un des chênes que voilà ; C'eût été justement l'affaire [LA FONT., Fabl. IX, 4]
Ce se rapportant à une personne, à une chose, à une action indiquée seulement dans la suite de la phrase. C'est moi qui l'ai dit.
Qui de vous deux aujourd'hui m'assassine ? Sont-ce tous deux ensemble, ou chacun à son tour ? [CORN., Poly. v, 3]
A-ce été sous mon nom que j'ai brigué l'empire ? [ID., Pulch. III, 3]
Mais est-ce un coup bien sûr que votre seigneurie Soit désenamourée ? ou si c'est raillerie ? [MOL., Dép. amour. I, 4]
Sont-ce encore des bergers ? - C'est ce qu'il vous plaira [ID., Bourg. gent. I, 2]
Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ? [ID., ib. II, 6]
C'est.... que, avec un substantif. C'est une plate composition que cette comédie, cette comédie est une plate composition.
En un mot, c'est un ambigu de précieuse et de coquette que leur personne [MOL., Préc. I]
C'est.... que, avec un infinitif.
Si ce n'est pas à moi trop de témérité que d'oser aspirer à l'honneur de votre alliance [ID., la Pr. d'Él. v, 1]
C'est une lâcheté que de se faire expliquer trop sa honte [ID., le Fest. de P. I, 3]
Vous moquez-vous ? ce serait être fou que d'aller parler à une statue [ID., ib. III, 7]
Est-ce que, se dit pour interroger.
Est-ce que vous feignez d'ignorer ma naissance ? [ROTR., Herc. mour. IV, 2]
Est-ce qu'on croit encor mon supplice trop doux ? [RAC., Mithr. v, 4]
Est-ce que de Baal le zèle vous transporte ? [ID., Athal. III, 3]
Est-ce que vous avez un autre évangile à suivre ? [MASS., Car. Pet. nombre des élus.]
C'est à vous de.... il vous appartient de....
C'est à moi d'obéir, puisque vous commandez [CORN., Poly. I, 4]
C'est à moi de mourir, mais c'est à vous de vivre [ID., Théod. III, 3]
C'est bien à vous de faire l'habile homme ! [MOL., Am. méd. II, 4]
C'est à moi de parler et d'être le maître [ID., Méd. m. lui, I, 1]
Ma fille, c'est à nous de montrer qui nous sommes [RAC., Iphig. II, 4]
C'est à l'amour de rapprocher Ce que sépare la fortune [J. B. ROUSS., Cantate XIX.]
C'est à vous de frémir et non de l'accuser [DUCIS, Hamlet, I, 2]
C'est à vous à.... il vous appartient de.
C'est à vous à régler ce qu'il faut que je fasse ; C'est à vous, Émilie, à lui donner sa grâce [CORN., Cinna, III, 3]
C'est à monsieur à me mettre de la façon qu'il veut [MOL., Sicil. 12]
C'est à vous à juger de son crime [VOLT., Brutus, v, 5]
Et ce n'est pas à vous à me croire inflexible [ID., Alz. IV, 2]
Ce n'est pas que.... avec l'indicatif, signifie après tout.
Ce n'est pas qu'il faut quelquefois pardonner à celui qui, avec un grand cortége, un habit riche et un magnifique équipage, s'en croit plus de naissance et d'esprit : il lit cela dans la contenance et les yeux de ceux qui lui parlent [LA BRUY., II]
On aura le même sens avec le subjonctif précédé de ne. Ce n'est pas qu'il ne faille quelquefois pardonner... Ce n'est pas que, avec le subjonctif, signifie aussi : on ne doit pas dire, prétendre à cause de cela. Ce n'est pas qu'il faille renoncer au monde. Ce que c'est que de.... , à quoi aboutit.... , voilà le sort.
Ce que c'est que de nous ! Voyez ce que c'est que du monde aujourd'hui [MOL., l'Ét. I, 9]
Voilà ce que c'est, voilà en quoi consiste la chose, voilà ce dont il s'agit ; et aussi quelquefois : la chose est faite maintenant comme il convient. C'est-à-dire, voy. DIRE.
15° Soit ! expression elliptique d'assentiment. Vous le voulez ; soit ! j'irai avec vous. Ainsi soit-il ! formule qui termine certaines prières. Expression de souhait.
Sois-je du ciel écrasé, si je mens ! [MOL., Mis. I, 2]
Jésus soit notre joie ! [BOSSUET, 3 Purif.]
Son sang soit sur nous et sur nos enfants [ID., Hist. II, 10]
Elliptiquement. Soit fait selon votre volonté, c'est-à-dire qu'il soit fait.... Entre nous soit dit.
Soit dit confidemment, je crois qu'il est jaloux De tous les sentiments qui m'attachent à vous [GRESSET, Méchant, v, 5]
Soit, conjonction, voy. SOIT.
16° Elliptiquement. N'était, n'eût été, si ce n'était, si ce n'eût été. N'était, n'eût été que je suis votre ami. N'était l'amitié que j'ai pour vous.
Et encore n'était le hasard et la perte, Je voudrais.... [RÉGNIER, Ép. II]
Mais par ma foi, madame, n'était que je lui ai déjà vu jouer mille fois le même rôle, je ne saurais qu'en dire [BARON, Homme à bonnes fort. III, 2]
Fût-il.... quand même il serait....
On résolut sa mort, fût-il coupable ou non [LA FONT., Fabl. x, 2]
Fût-elle mon ennemie, je la louerais de même [GENLIS, Ad. et Théod. t. III, lett. 40, p. 279, dans POUGENS.]
Ne fût-ce.... que, quand ce ne serait que....
Despréaux est pour eux une grande autorité, ne fût-ce que parce qu'il est mort [D'ALEMB., Latin des modernes]
17° Cela étant, vu que la chose est ainsi.
Et cela étant, qui doute qu'il ne fallût faire des prières générales ? [BALZ., liv. I, lett. 5]
Cela étant, Valère mon maître n'a plus qu'à chercher fortune ailleurs [LESAGE, Crisp. riv. de son maître, sc. 2]
Étant ou en étant, dans une construction absolue, c'est-à-dire ne se rapportant ni au sujet ni au régime de la phrase.
Roquebrune n'était pas d'avis qu'on le reçût, en étant des poëtes comme des femmes [SCARRON, Roman comique, III, 5]
Je n'ai parlé que des noms communs, étant indubitable que c'est fort bien parler que de dire.... [LANCELOT, Gramm. génér. II, 10]
Je dis qu'étant impossible que Dieu emprunte rien du dehors, il ne peut avoir besoin que de lui-même pour connaître tout ce qu'il connaît [BOSSUET, Libre arb. 3]
Vous ne pouvez différer, étant important de ne vous pas arrêter davantage [ID., Lett. quiét. 477]
Nous étant défendu de fixer notre cœur à la terre, la situation doit nous paraître la plus souhaitable [MASS., Car. Prosp.]
Étant se rapportant au régime.
On connaîtra que, n'étant autre chose qu'un poëme ingénieux, on ne saurait le censurer sans injustice [MOL., Tart. Préf.]
18° Être s'emploie comme auxiliaire des verbes passifs (en ses temps simples et composés : je suis aimé, j'ai été aimé), et d'un grand nombre de verbes neutres (seulement en ses temps simples : je suis venu, j'étais venu. Cependant on pourrait dire : Il devait venir quand j'aurais été parti). Cicéron fut exilé de Rome. Le pont a été emporté par la débâcle. Il est sorti d'Abraham. Ils sont tous morts. Je vous aurais trouvé si je fusse venu à temps.
.... [l'ours] Vivait seul et caché ; Il fût devenu fou ; la raison d'ordinaire N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés [LA FONT., Fabl. VIII, 10]
Il est aussi auxiliaire dans tous les verbes réfléchis, directs ou indirects, mais seulement avec ses temps simples. Il s'est emparé de la ville. Elle s'est cassé le bras. Ils se sont blessés en jouant.
Chez ces gens pour toujours il [le follet] se fût arrêté [LA FONT., Fabl. VII, 6]
19° Être se dit pour aller, quand on est allé dans un lieu et qu'on en est revenu ; ce qui fait voir qu'en ce sens être a d'abord gardé sa signification naturelle ; il est allé à Rome exprime simplement qu'il a fait le voyage de Rome, sans dire s'il est de retour ; il a été à Rome exprime qu'il est revenu ; être pour aller ne s'emploie qu'aux temps passés : je fus, j'ai été, j'aurai été, j'aurais été, je fusse, ayant été.
J'ai été premièrement tout contre l'arsenal au bout du faubourg St-Germain, du faubourg St-Germain au fond du Marais [MOL., Am. méd. II, 3]
Mon cheval a fait tout cela aujourd'hui, et de plus j'ai été à Ruel voir un malade [ID., ib.]
La comédie de Racine m'a paru belle, nous y avons été [SÉV., à Mme de Grignan, 15 janv. 1672]
C'est abusivement qu'on emploie être pour aller en d'autres circonstances ; cependant, dans l'usage vulgaire, on se sert souvent de je fus et j'ai été au sens d'aller avec un infinitif suivant ; et on en trouve des exemples dans d'excellents auteurs et dans de très anciens textes.
Il fut recevoir le corps de son frère jusqu'à Pavie ; son frère n'avait été qu'une journée au-devant de lui [D'ABLANCOURT, Tacite, 134]
Et nous fûmes coucher sur le pays exprès, C'est-à-dire, mon cher, au fin fond des forêts [MOL., Fâcheux, II, 7]
À peine ai-je été les voir trois ou quatre fois, depuis que nous sommes à Paris [ID., Impromptu, 1]
Je fus retrouver mon janséniste [PASC., Prov. 1]
Elle fut au-devant d'elle les bras ouverts [SÉV., 17]
Quand un Porphyre, quand un Julien l'apostat, ennemis d'ailleurs des Écritures, ont voulu donner des exemples de prédictions prophétiques, ils les ont été chercher parmi les Juifs [BOSSUET, Hist. II, 5]
Il prit deux perdrix et fut chez sa maîtresse [HAMILT., Gramm. 4]
Si on eût eu à chercher un homme heureux, on l'eût été chercher bien loin de lui et bien plus haut, mais on ne l'y eût pas trouvé [FONTEN., Varignon.]
Tu ceignis en mourant ton glaive sur ta cuisse, Et tu fus demander récompense ou justice Au Dieu qui t'avait envoyé [LAMART., Méd. II, 7]

PROVERBES

  • On ne peut pas être et avoir été, on ne peut être vieux et jeune tout ensemble.
  • Il faut être tout un ou tout autre, il faut avoir une conduite, une manière de penser décidée.

REMARQUE

  • 1. Être se conjugue avec l'auxiliaire avoir : J'ai été, et non je suis été ; ce que dit l'italien : io sono stato ; italianisme qui au XVIe siècle essaya de se glisser.
  • 2. Ce furent mes sœurs qui y allèrent. L'euphonie fait admettre le singulier dans les locutions interrogatives : Fut-ce mes sœurs qui le firent ?
  • 3. Les constructions du verbe être suivant que le sujet est au singulier ou le complément au pluriel, et vice versa, présentent de l'embarras. Il y a trois cas : 1er cas. Un sujet au singulier avec un complément au pluriel, et le verbe au singulier.
    Une tragédie doit être des passions parlantes [VOLT., Lett. d'Argental, 12 mars 1740]
    Cette construction ne fait pas difficulté. 2e cas. Un sujet au singulier, avec un complément au pluriel, et le verbe au pluriel.
    Le reste des hommes sont des coquins [PASC., Imag. 8]
    Tout ce que je vois ne sont que de vains simulacres [BOSSUET, Brièveté.]
    L'effet du commerce sont les richesses, la suite des richesses, le luxe [MONTESQ., Espr. XX, 6]
    La seule chose qui les surprenne [les éléphants] sont les pétards qu'on leur lance [BUFF., Éléphant.]
    Sa nourriture ordinaire sont des fruits, des amandes, des noisettes, de la farine et du gland [BUFFON, Écureuil.]
    Tout cela ne sont que des arguties et des subtilités [J. J. ROUSS., Prom. 3]
    Cette construction est archaïque, et aujourd'hui, dans des cas pareils, on met de préférence le verbe au singulier. 3e cas. Un sujet au pluriel, avec un complément au singulier et le verbe au singulier.
    Et deux ans, dans le sexe, est une grande avance [MOL., Mélic. I, 4]
    Quatre ou cinq mille écus est un denier considérable [MOL., Pourc. III, 9]
    Ici deux ans, quatre ou cinq mille écus sont considérés chacun comme un chiffre unique, et le sens entraîne avec soi d'une façon naturelle la construction du verbe au singulier.
  • 4. L'Académie remarque à propos du verbe être que les grammairiens (et il vaudrait mieux mettre : quelques grammairiens) l'appellent verbe substantif. Cela est vrai ; mais il aurait fallu ajouter : 1° qu'ils lui donnent ce nom par opposition à tous les autres verbes, qu'ils nomment verbes adjectifs ; 2° que, dans tous les cas, ces deux dénominations sont fort mauvaises, puisque substantif et adjectif désignent deux espèces de mots, et verbe une troisième ; et que le rapprochement de ces mots contradictoires n'a absolument aucun sens ; 3° que Dumarsais, considérant que tout verbe se résout dans le verbe être suivi de son participe présent, appelait être le verbe simple ou absolu, et tous les autres des verbes composés ; 4° que ces mots entraînaient une confusion, puisque, à un autre point de vue, mettre est un verbe simple, et admettre, commettre, etc. des verbes composés ; 5° que Beauzée a trouvé le véritable nom en appelant être le verbe abstrait ; et alors tous les autres verbes sont concrets, comme réunissant au sens du verbe être celui de leur participe ; ou attributifs, parce que ce participe commence l'attribut dans la proposition où ils entrent.

HISTORIQUE

    IXe s.
    Nul plaid qui cist meon fradre Karle in damno sit [qui soit en dommage à ce mien frère Charle] [, Serment]
    In nulla aiudha [en nulle aide] contra Lodhuwig non li vi [y] er [serai] [, ib.]
  • Xe s.
    Buona pulcella fut Eulalia [, Eulalie]
    Chi [qui] rex eret [était] à cels dis [à ces jours] sovre pagiens [, ib.]
    Por o [pour cela] s' furet [fuerat] morte à grant honestet [, ib.]
    Seit niuls [, Frag. de Val. p. 467]
    Et si fu co [cela] [, ib. p. 467]
    E eret [était] mult las [, ib. p. 468]
    Si astreient [seraient] li Judei perdut, si cum il ore sunt [, ib. p. 468]
    E io ne dolreie [je ne serais pas affligé] de tanta millia hominum, si perdut erent [seront] ? [, ib.]
    p. 469. Quand il se erent convers [quand ils se seront convertis] de via sua mala [, ib. p. 469]
    Seietst [soyez] unanimes in dei servitio [, ib. p. 469]
  • XIe s.
    Si ceo fust u evesqué u abeïe [, Lois de Guil. 1]
    À grant dolur ermes [nous serons] hoi desevrez [séparés] [, Ch. de Rol. CXLV]
    [Des pechés] Que je ai fait dès l'hore que nés [je] fui [, ib. CLXXII]
    Il ne pot [peut] estre [il est impossible] qu'il seient desevrez [, ib. CCLXXXVI]
    Mais li quens Guenes. se fut bien pourpenset [, ib. XXXII]
    N'est hom quil [qui le] veit e conoistre le sait, Qui ce ne die.... [, ib. XXXIX]
    De là [ils] s'en furent [s'en allèrent] pour la chrestientet [, ib. LIII]
    Se vous mourez, esterez sainz martirs [, ib. LXXXVII]
    Set ans touz pleins ad ested en Espeigne [, ib. I]
    Li reis Marsil esteit en Saragoce [, ib. II]
    Que nous seiuns conduit à mendier [, ib.]
    Quant chascuns ert [sera] à son meillor repaire [, ib. IV]
    Charles serat ad Ais à sa chapele [, ib.]
    Dient paien : ainsi puet-il bien estre [, ib.]
    Là où cis [ceux-là] furent, des autres i ot bien [, ib. VIII]
    S'est qu'il demandet [s'il y a quelqu'un qui le demande], ne l'esteut [il n'est besoin de] enseigner [, ib.]
    Seit qui l'ocie, toute pais puis auriumes [, ib. XXVIII]
  • XIIe s.
    Ah ! rois de gloire, tu soies mercié [, Ronc. p. 160]
    À dame Deu soiez.... [, ib. p. 17]
    S'il est qui croire veuille ma volonté [, ib. p. 20]
    Qui mout sont à prisier [, ib. p. 30]
    Là s'est armez li cortois Olivier [, ib. p. 49]
    Sempres morrai, mais cher me sui venduz [, ib. p. 93]
    Tant a esté [tant est allé], [que] devant la tour antie Est descenduz voyant sa baronie [, ib. p. 115]
    D'une grant terre qui fu au roi Orsaire [, ib. p. 145]
    Si [je] m'i confort [en son souvenir], quant ele m'est lointaine [absente] [, Couci, VIII]
    Mais itant fu à moi reconforter Que, nuit et jour, en plorant [je] la remir [regarde] [, ib. x]
    Mais il convient qu'à sa volonté [je] soie [, ib. XX]
    D'hui cest jour en un an soiez prest d'ostoier [entrer en campagne] [, Sax. XVI]
    Comment vous a esté entre la gent foraine [étrangère] ? [, ib. XX]
    Mult nota les paroles que li quens respundi, Pur ço que li quens ert [était] cusins al rei Henri, Et erent d'un conseil et durement ami [, Th. le mart. 51]
    Se vus nel delivrez, nus sumes mal bailli : Li reis e saint iglise e nus iermes [serons] huni [, ib. 12]
    Et quant vous estes eschapé Et li besoin sont trespassé, Dont ne vous est gaires de nous [vous ne vous souciez guères de nous] [, Roman de Brut, v. 6346]
    Mon tré [tente] tendez en milieu del mostier, Et en ces porches esseront mi sommier [, Raoul de C. 150]
    Et jo li serrai pur pere, e il me serrad pur fiz [, Rois, p. 144]
    Uns hom astoit en la terre Us, ki out num Job [, Job, p. 441]
  • XIIIe s.
    Quant nous fusmes [allâmes] au bois arcoier et joier [, Alexandre, dans DU CANGE, arcuare]
    La dame à qui je sui, s'el me velt retenir [VIDAME DE CHARTRES, Romancero, p. 114]
    Jà pour autre ne me devra guerpir [quitter], Quant el saura com je lui ai esté Fins et verais, courtois, sans repentir [LE COMTE D'ANJOU, ib. p. 124]
    Et tout cil qui avoient devant esté contre lui estoient ce jour à sa volenté [VILLEH., LXXXVI]
    Il i avoit un Grieu [Grec] qui miex estoit de l'empereour que tuit li autre [ID., XCVII]
    Ensi demorerent huit jors pour atendre les nes [vaisseaux] qui encore estoient à venir [ID., LXI]
    Ilec troverent Guillaume de Braiecuel et cex qui avoec lui estoient, qui mout estoient à grant paor [ID., CXXXVIII.]
    Tant se travailla Jofrois li mareschaux à l'aide des barons qui estoient dou conseil au marchis [ID., CXX.]
    Et de corone d'or [je] fui par vous coronnée [, Berte, XVI]
    Si [elle] saignoit com ce fust perceüre de clou [, ib. XXXII]
    Ainsi com vous orrez [ouïrez], s'il est qui vous le die [, ib. LX]
    Dame, ce dist Constance, si soit com dit avez [, ib. CXXXII]
    Pour ce qu'il ert [était] divenres [vendredi].... [, ib. I]
    Vers le lion [il] s'en va, ou soit sens ou folie [, ib. II]
    Ne soiez vers les pauvres ne sure [aigre] ne amere [, ib. IV]
    Sire, fait-ele, c'estroit [ce serait] lait [, Lai de l'ombre]
    Et tant furent ensamble qu'il en ot un filg et une fille [, Chr. de Rains, p. 9]
    Et li rois respondi que li legas disoit sa volenté, ne ne savoit pas à quoi ce montoit : car Sarazin estoient moult sage et estoient sour le leur, et bien veoient lor meillour quant temps et lius en estoit [, ib. p. 101]
    Sire, ormais n'est que dou haster la besoigne [, ib. p. 51]
    Evain en son cuer porpensoit Que s'ele encor une en avoit, Plus belle estroit la compaignie [, Ren. 61]
    Car c'est cele qui la bonté Me fist si grant qu'ele m'ouvri Le guichet del vergier flori [, la Rose, 1264]
    Je t'enseignerai bien autre hui ; Autre, non pas, mès ce meïsmes, Dont chascun puet estre à meïsmes [être à même], Mès qu'il prengne l'entendement D'amors ung poi plus largement [, ib. 6462]
    Trop sunt dolentes et confuses Pucelles qui sunt refusées [, ib. 5860]
    Avis m'iere [m'était] qu'il estoit mains [matin], Il a jà bien cincq ans, au mains [au moins], En mai estoie, ce sonjoie, El tems amoureus plain de joie [, ib. 45]
    Enciez [avant] qu'il vint, si m'escria : Vassal, pris ies [tu es], noient n'i a Du contredire, ne defendre [, ib. 1694]
    Il fu que [il y eut un temps où] toutes les bonnes viles et li castel de Lombardie furent à l'empereur de Romme, en son domaine, et tenues de li [BEAUMANOIR, XXX, 64]
    Aucuns dons et pramesses porroient estre convenencié qui ne seroient pas à tenir [ID., VI, 24]
    Donques quant plusor parchonier ont compaignie en tix [tels] heritages, il doivent estre à ferme ou à loier [ID., XXII, 4]
    Tout soit il ainsi que commune renommée keure [coure] entre une feme qui est en mariage, qu'ele est bien de plusors homes carnelment [ID., XVIII, 4]
    S'on esperoit qu'il se fust tués par aucune maladie, par le [la] quele il ne fust pas à soi, si oir [ses héritiers] ne doivent pas perdre ce qui de li vient [ID., LXIX, 10]
    Nous en sons [sommes] bien entré en voie, N'i a si fol que ne le voie, Quant Constantinoble est perdue [RUTEB., 101]
    Un chevalier qui estoit à monseigneur Erart de Brene [JOINV., 244]
    Sire, il me semble que il iert [sera] bon que vous retenez les formens et les orges et les ris [ID., 216]
    Et dit l'en que nous estions trestous perdus dès celle journée, se le cors le roy [le roi de sa personne] ne feust [ne se fût trouvé là] [ID., 227]
  • XIVe s.
    Quant nous avons communellement delettacion en aucune chose, c'est signe que nous suymes [sommes] à telles choses enclins, et quant nous avons tristesce en aucunes choses, c'est signe que nous suymes enclins à l'opposite [ORESME, Eth. 55]
    S'ainsi sons [nous sommes] pris au broi [piége], s'iert [ce sera] de grant lachetey [, Girart de Ross. v. 3270]
  • XVe s.
    Orai-je un petit d'escusance De ce quelors trop jones ere [j'étais] Et de trop ignorant maniere [FROISS., Espinette amoureuse.]
    Et tel que fui, encor le sui, ib... Beau fieulz, es-se [est-ce] Belle chose de bien ouvrer ? [ID., ib.]
    Or, regardez si je disoie bien voir [vrai], veez là les vingt six mille hommes d'armes ; si ils sont trois mille lances, ils sont cent mille [ID., II, Il, 212]
    Ainsi estoient menacés les Anglois par les François, et donnoient grand marché, et montroient par leurs paroles que tout fut à eux [ID., II, IÏI, 40]
    Lors demanda le roy à son conseil qu'il estoit de faire [ID., I, I, 51]
    Et quant le jour du parlement qui estoit assigné à Mons, fut venu, ils y furent [ID., I, I, 101]
    Et sachez que, si ne fussent les gentils hommes qui dedans Aubenton estoient et qui la gardoient, elle eut esté tost prise et d'assaut [ID., I, I, 103]
    Sitost que le jour fut.... [ID., I, I, 144]
    Quand messire Aghos des Baux sentit que ceux de la Reole se vouloient rendre, il ne voulut oncques estre à leur traité, mais se partit d'eux [ID., I, I, 237]
    Votre capitaine où est-il ? ne veut-il point estre de ce traité [, ib.]
    Si avoit un frere par son pere qui avoit esté [feu son père] [ID., I, I, 147]
    Il ne peut estre que en un tel ost que le roi d'Angleterre menoit, qu'il n'y ait des vilains garçons et des malfaiteurs [ID., I, I, 272]
    Et fit depuis si grands prouesses [Watelet de Mauny] qu'on n'en pourroit savoir le nombre, si comme vous orrez avant en l'histoire, s'il est qui vous le die [FROISS., I, I, 46]
    Tu es l'aisné fils du roi, auquel, par la grace de Dieu, tu es à succeder, et es à estre notre roi et seigneur [MONSTRELET, I, 48]
    Et les aucuns disoient que le duc de Baviere avoit laschement faict qu'il n'avoit tué le duc de Bourgongne soudainement et s'en estre allé en Allemaigne, et il n'en eust plus esté [JUVÉNAL DES URSINS, Charles VI, 1413]
    Et eussent les choses esté plus triumphantes, se n'eust esté le temps, qui moult fut mal advenant [JEAN DE TROYES, Chron. 1482]
    Ce mout doutoit le roy, qui estoit tourné contre luy, et plus lui en estoit que de tous les aultres à qui il avoit à faire [FENIN, 1413]
    Et de tels y en eut qui bien se doubtoient de ce qui en estoit, mais rien n'en dirent à present [ID., 1407]
    Et sagement savoit jeter son regard et ses semblans, que nul n'apperceust où son cœur estoit [, Boucic. I, 8]
    Qui, pour le moins, ay tousjours esté des chambellans [de Louis XI] [COMM., Prol.]
    Le quel me print en son service, et fut l'an mil quatre cens soixante quatre [ID., I, 1]
    Et faisoit le cas si enorme que nulle chose qui se peut dire à ce propos pour faire honte et vitupere à un prince, ne fust qu'il ne dist [, ib.]
    Mon cousin, vous soyez le très bien venu [ID., IV, 10]
    Moult se tenoit bienheureux de ce qu'il pouvoit estre bien d'icelle [être bien avec elle] [, Perceforest, t. I, 1, f° 66]
  • XVIe s.
    D'estre assis je n'ai plus d'envie : Il n'est que d'estre bien couché [MAROT, II, 247]
    Et fusse Helaine au gracieux maintien, Qui me vinst dire, amy, fais mon cueur tien, Je respondrois : point ne seray muable [ID., II, 398]
    Les fons du temple estoit une fontaine, Où decouroit un ruisseau argentin [ID., I, 182]
    Bref, fust de nuict ou fust de jour, Je ne songeois rien que l'amour [DU BELLAY, VII, 23, verso.]
    Prenez le cas que cinq ou six hyvers Soi'nt jà passez, et qu'avec longue peine Ils soi'nt venus en accroissance pleine [ID., VII, 23, verso.]
    Soyez doux et clement, la doulceur te doit plaire [ID., VIII, 41, verso.]
    [Socrate se retiroit avec fierté] regardant tantost les uns, tantost les aultres, amis et ennemis, d'une façon qui encourageoit les uns et signifioit aux aultres qu'il estoit pour vendre bien cher son sang et sa vie à qui essayeroit de la lui oster [MONT., III, 6]
    N'estoit que.... [si ce n'est que] [ID., I, 7]
    Estre d'avis que.... [MONT., I, 14]
    Le roy qui est à present [qui règne] [ID., I, 16]
    Ce sont vices toujours conjoincts [ID., I, 22]
    C'estoient les formes vrayement romaines [ID., I, 24]
    Est ce à toy de nous gouverner ? [ID., I, 89]
    Il est en nous de.... [nous pouvons] [ID., I, 115]
    Il nous faudroit des topographes qui nous feissent des narrations des endroicts où ils ont esté [ID., I, 234]
    Puisque nous en sommes sur le froid [MONT., I, 261]
    Pompeius le feut veoir [ID., I, 301]
    Satan est l'adversaire qui machine nostre ruine, le peché est les armeures desquelles il use pour nous opprimer et meurtrir [CALV., Inst. 728]
    Qu'est-ce autre chose que... ? [ID., ib. 701]
    Si ne feront-ils jamais tant par leur belle rhetorique, qu'une mesme chose soyent deux [ID., ib. 61]
    Estes vous encore à savoir que les femmes n'ont amour ni regret ? [MARG., Nouv. XXXII]
    Le pauvre gentilhomme ne savoit où il en estoit [qu'en penser] [ID., ib. LIII]
    Madame fust hyer disner aux Loges, dont elle s'est bien trouvée [ID., Lett. 68]
    Je feusse plus toust partie, n'eust esté la grant envie que j'avois de voir Chumbert [ID., ib. 152]
    Le cardinal d'Armaignac a esté à la mort, abandonné des medecins [ID., ib. 142]
    Ils demeurerent long temps muets, comme si fussent esté des images [YVER, p. 636]
    Le guet nous prit, j'en fus pour mes trois jours au Chastelet [D'AUB., Faen. II, 11]
    Il n'est pas que vous n'aiez veu un sonnet à sa louange qui a fort couru [ID., ib. II, 12]
    Ce lict m'est un tombeau, puis qu'ils [les martyrs protestants] n'ont point de tombeaux [ID., Hist. I, 132]
    A il jamais esté que les tyrans, pour s'asseurer, n'aient... ? [LA BOÉTIE, 61]
    Toujours il a esté que cinq ou six ont eu l'oreille du tyran [ID., 62]
    Il n'est pas qu'eux mesmes ne souffrent quelques fois de luy [ID., 65]
    Et faire que ma cité n'ait point faute d'aucune chose qui soit pour l'embellir et orner [ID., 199]
    Il avoit abandonné à piller à ses soudards quelques vases d'or qui avoient anciennement esté à Alexandre le grand [AMYOT, P. Aem. 38]
    Un peu avant que je fusse la premiere fois à Athenes, on dit qu'il y advint une telle chose [ID., Démosth. 45]
    Et si Heraclides par envie a esté desloyal et meschant, est ce pourtant à dire que Dion par courroux doive maculer sa vertu ? [ID., Dion, 59]
    [Voyant tout cela] il se tourna devers ses familiers, et leur dit : C'estoit estre roy cecy, à vostre advis, n'estoit pas ? [n'est-ce pas ?] [ID., Alex. 37]
    La premiere chose qu'on leur donna, furent du sel et des lentilles [AMYOT, Crassus, 38]
    Les Egyptiens disent qu'il fut aussi en leur païs [ID., Lyc. 6]
    Qu'il ait esté en Afrique et en Espagne et jusques aux Indes, je ne sache personne qui l'ait escrit [ID., ib.]
    Si j'estois à renaistre au ventre de ma mere [RONS., 810]
    ....E+ par esclats les lances acerées Furent toucher les voutes etherées [ID., 619]
    Car l'amour et la mort n'est qu'une mesme chose [ID., 304]
    ....Pour faire voir clairement à chascun Que les vortus et les dames n'est qu'un [ID., 765]
    La perte des grands rois sont les langues flateuses [ID., 663]
    L'impudence aujourd'hui sont les meilleures armes Dont on se puisse aider.... [ID., 978]
    Une autre branche de la dissolution, sont les excez de table, et tenir grand equipage [LANOUE, 16]
    Ils repliqueront que ce que j'ay allegué sont conseils evangeliques et non preceptes obligatoires [ID., 75]
    Une des plus singulieres choses qu'on remarque en France, sont les beaux edifices dont les campagnes sont parsemées [ID., 166]
    La seconde cause furent les voyages qui s'entreprirent pour la conqueste de la terre saincte [ID., 228]
    Plusieurs choses qui se firent alors et qui arriverent, fut plus par hazard et inopinément quasi que par conseil [ID., 652]
    Le dit sieur de Vieilleville fut [alla] estrader avesques 200 salades [CARLOIX, II, 13]

ÉTYMOLOGIE

  • Bourguign. Être ; Berry, je seus, je suis ; provenç. esser ; catal. esser, ser ; espagn. et portug. ser ; ital. essere ; d'une forme latine barbare essere, pour esse, être, du radical es ou as, qui fait aussi, dans l'allemand ist, et dans le sanscrit asmi, le verbe abstrait. Le verbe être est formé de trois verbes latins différents : 1° esse, qui a donné l'infinitif estre, le présent je suis, tu es, il est, nous sommes, vous êtes, ils sont, le subjonctif je sois, le futur je serai, le conditionnel je serais ; 2° fuo, qui a donné le prétérit je fus et le subjonctif je fusse (voy. FUS, pour l'étymologie) ; 3° stare, qui a donné l'imparfait j'estois, le participe présent estant, et le participe passé esté (voy. le verbe ESTER). D'après Vaugelas, qu'il soit, qu'ils soient se prononçait sait, saient ; c'est une prononciation usitée encore en Normandie. L'ancienne langue, à côté de l'imparfait estoie, avait un autre imparfait ere ou iere qui représente le latin eram, et, à côté du futur serai, elle avait un autre futur ere ou iere qui représente le latin ero. Dans le latin barbare esse-re, re provient d'une assimilation faite mal à propos avec les verbes en ere (le 1er e étant un e bref) ; car déjà, dans es-se, se représente ce re.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    1. ÊTRE. Ajoutez :
    20° Être, avoir été, à l'infinitif, pris substantivement.
    Le seoir est aussi naturel que l'étre debout ou le marcher [MALH., Lexique, éd. L. Lalanne.]
    Ce qui est plus assuré, c'est l'avoir été [ID., ib.]

    REMARQUE

    • 5. Vous n'étiez pas encore quand.... se dit pour signifier : Vous n'étiez pas encore né quand.... (voy. au Dictionnaire ÊTRE 1, au num. 2). J. J. Rousseau a étendu cette locution au présent avec emploi affirmatif. L'envie et la haine sont maintenant contre moi à leur comble ; elles diminueront.... alors, si je suis encore, vous me servirez et l'on vous écoutera, Lett. à Moultou, 22 juin 1762. Cela est moins conforme à l'usage, mais se comprend et est correct.

    ÉTYMOLOGIE

    • Ajoutez : L'imparfait j'estois est dit provenir du latin stabam ; c'est une erreur qu'il faut corriger, d'après ce qui est dit dans l'Hist. de la langue franç. t. II, p. 201 : " J'estois, tu estois, il estoit a été tiré, sans contestation aucune, de stabam, stabas, stabat ; en effet la dérivation est correcte, et il ne serait possible d'élever aucun doute, sans le dialecte normand, qui offre, si je puis user de ce terme, un réactif plus délicat et qui fait apparaître le véritable élément. Le verbe stare est de la première conjugaison ; par conséquent, son imparfait, que l'on suppose être devenu celui du verbe être, confondu, il est vrai, dans les autres dialectes sous une forme commune, s'en dégagerait dans le dialecte normand, et ferait je estoe, tu estoes, il estot. Or il n'en est rien, et cet imparfait du verbe être y est toujours je esteie, tu esteies, il esteit, désinences caractéristiques des autres conjugaisons et ici, en particulier, de la troisième. Je esteie ou je estoie, suivant les dialectes, est imparfait régulier de l'infinitif étre, verbe de la troisième conjugaison et dérivé d'un bas-latin estere, qui prévalut dans les Gaules, au lieu de essere (pour le changement de ss en st comp. l'anc. franç. tistre, de tessere, dit pour texere). Le verbe stare a son représentant qui fait à l'infinitif ester et à l'imparfait, dans les autres dialectes, je estoies, tu estoies, il estoit, mais dans le normand je estoe, tu estoes, il estot, aussi distinct ici, par la forme que par le sens, de l'imparfait du verbe substantif. "

ÊTRE2

(ê-tr') s. m.
État, existence, qualité de ce qui est.
La nature dure et se maintient perpétuellement dans son être [PASC., dans COUSIN]
Le peu que nous avons d'être [ID., ib.]
Si notre être, si notre substance n'est rien, tout ce que nous bâtissons dessus, que peut-il être ? [BOSSUET, Duch. d'Orl.]
Avant qu'il [Dieu] eût donné l'être, rien ne l'avait que lui seul [ID., Hist. II, 1]
Qui a un cœur et qui peut aimer l'auteur de son être [MASS., Prière I]
Le corps politique ou le souverain ne tirant son être que de la sainteté du contrat [J. J. ROUSS., Contrat, I, 7]
L'être suprême de Dieu, son existence suprême.
Ô Dieu ! si c'était là le caractère de votre être suprême.... [MASS., Carême, Avenir.]
Le non-être, le néant, l'anéantissement.
.... Peut-être Que mon cœur combattu par la peur du non-être [BOURSAULT, Ésope à la cour, III, 3]
Ce qui est.
Le péché qui est le véritable néant, parce qu'il est contraire à Dieu, qui est le véritable être [PASC., Lett. à Mme Périer, 1er avril 1648]
Je sens que je peux n'avoir point été ; car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que j'eusse été animé ; donc je ne suis pas un être nécessaire ; je ne suis pas aussi éternel, ni infini ; mais je vois bien qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini [ID., Pens. art. I, 11]
Moi néant, moi ombre de l'être, je vois celui qui est [FÉN., Exist. 345]
Ô Dieu ! ô le plus être de tous les êtres ! [ID., ib. 264]
J'aurais prié ce Dieu, seul être que j'adore [VOLT., Alz. v, 1]
Une existence évanouie Ne fait pas baisser d'une vie Le flot de l'être toujours plein [LAMART., Harm. IV, 9]
Être suprême, l'être au-dessus de tout.
Dieu étant par sa nature au-dessus de tout, rien ne peut entrer en comparaison, ni ne doit être mis dans un degré d'égalité avec ce premier être, cet être suprême [BOURD., Pensées, t. I, p. 39]
S'il y a au-dessus de nous un être suprême, auteur de cet univers [MASS., Car. Prière II]
Absolument, l'être suprême, Dieu.
Le sang le plus abject, le sang des plus grands rois Ne sont-ils pas égaux devant l'être suprême ? [VOLT., Olympe, II, 2]
Le grand être, Dieu.
Ne pouvant élever mes faibles conceptions jusqu'au grand être, je rapprochais les rapports infiniment éloignés qu'il a mis entre sa nature et la mienne [J. J. ROUSS., Ém. IV]
Être des êtres, Dieu.
Être des êtres, je suis parce que tu es, c'est m'élever à ma source que de te méditer sans cesse [ID., ib.]
Dans l'être suprême, l'être des êtres, le grand être, l'être souverain, qui, pris absolument, signifient Dieu, on met un E majuscule. Quand être suprême n'est pas pris absolument, l'e est minuscule. Terme de métaphysique. La science de l'être, ou ontologie, étude de l'être en soi, de l'être absolu, indépendamment de toutes les propriétés qui le déterminent.
Tout ce qui existe, considéré comme ayant l'existence d'une façon quelconque. Les êtres de la nature. L'ensemble des êtres vivants.
[Il] Est devant tous les temps et devant tous les êtres [ROTROU, St Genest, III, 1]
Tout en tout est divers ; ôtez-vous de l'esprit Qu'aucun être ait été composé sur le vôtre [LA FONT., Fabl. IX, 12]
En comparant les propriétés à moi connues de cet être que je nomme le corps, avec les propriétés à moi connues de cet être que je nomme l'âme, je découvre que les deux êtres ne sont pas de même nature [BONNET, Ess. analyt. ch. 10]
Dans le langage philosophique. Il ne faut pas multiplier les êtres, il ne faut pas supposer des êtres qui n'existent point. Être pensant, l'être qui est doué de la pensée.
Citoyen, l'homme adopte une forme de gouvernement ; être pensant, il n'a de patrie que l'univers [MIRABEAU, Collection, t. v, p. 363]
Les êtres intelligents, tout ce qui est doué d'intelligence, et, en particulier, l'homme.
Les êtres particuliers intelligents peuvent avoir des lois qu'ils ont faites ; mais ils en ont aussi qu'ils n'ont pas faites [MONTESQ., Espr. I, 1]
Être de raison, ce qui n'existe que dans l'imagination.
Il ne me semble pas aussi que vous prouviez rien contre moi en disant que l'idée de Dieu qui est en nous n'est qu'un être de raison ; car cela n'est pas vrai, si par un être de raison l'on entend une chose qui n'est point, mais seulement si toutes les opérations de l'entendement sont prises pour des êtres de raison, c'est-à-dire pour des êtres qui partent de la raison, auquel sens tout ce monde peut aussi être appelé un être de raison divine, c'est-à-dire un être créé par un simple acte de l'entendement divin [DESC., Rép. II, 10]
Un homme doué, à mesure égale, de jugement et d'imagination, de véhémence et de finesse, de bel esprit et de sentiment, est un être de raison [DIDEROT, Règne de Claude et Néron, II, § 9]
Une personne. Un pauvre petit être, un enfant malade, souffrant.
Je m'arrête et j'entends Le cri d'un être faible et qui souffrit longtemps [M. J. CHÉN., Fénel. I, 1]
Pour cet être enchanteur que le destin combla [DUCIS, Oscar, II, 1]
Personne, avec une signification de dénigrement. Quel être insupportable ! Quel être vil et méprisable !
Vie, naissance.
Mais n'as-tu point appris de qui j'ai reçu l'être ? [CORN., Œdipe, v, 4]
Vous ignorez son nom et ceux dont il tient l'être [MOL., Psyché, IV, 2]
À cet enfant obscur à qui j'ai donné l'être [VOLT., Orphel. II, 3]
Le présent, l'avenir, et jusqu'à ta naissance, Tout ton être, en un mot, est dans ma dépendance [ID., Mérope, v, 2]
Mon être se consume en pénibles combats [DUCIS, Oscar, III, 2]
Faire un doux emploi de son être, Mes amis, ce n'est pas vieillir [BÉRANG., Vieill.]
Que j'ai bien accompli cette loi de mon être [souffrir] ! [LAMART., Méd. I, 2]
Ce qui constitue la nature, le fond d'une chose.
Je soutiens que le temps n'est rien, parce qu'il n'a ni forme ni substance ; que tout son être n'est que couler, c'est-à-dire que tout son être n'est que de périr, et, partant, que tout son être n'est rien [BOSSUET, Yol. de Monterby.]
Ce qui constitue le caractère d'un être vivant, et, en particulier, la personnalité d'un homme.
C'est donc la pensée qui fait l'être de l'homme, et sans quoi on ne peut le concevoir [PASC., Pens. part. I, art. 4]
Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être : nous voulons vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire, et nous nous efforçons pour cela de paraître ; nous travaillons incessamment à embellir et à conserver cet être imaginaire, et nous négligeons le véritable [ID., Pens. t. I, p. 251, édit. LAHURE.]
Les anciens amis sont les seuls qui tiennent au fond de notre être [VOLT., Lett. Mme du Deffant, 27 déc. 1758]
Ce monde est un grand bal où des fous.... Pensent enfler leur être et hausser leur bassesse [ID., Disc. 1]
Je chéris un époux et je révère un maître ; Voilà mes sentiments, et voilà tout mon être [ID., Olympe, I, 3]
Disposez de moi comme d'un homme qui n'est plus rien pour lui-même, et dont tout l'être n'a de rapport qu'à vous [J. J. ROUSS., Hél. I, 12]
Le cheval est une créature qui renonce à son être pour n'exister que par la volonté d'un autre [BUFFON, Cheval.]
Un nouvel être, nouveaux sentiments, nouvelles forces, nouvelles ardeurs. J'ai pris un nouvel être.
Notre esprit éclairé te doit un nouvel être [VOLT., Alz. I, 2]
La réalité.
En tout Zadig préférait l'être au paraître [VOLT., Zadig, 4]
Existence, importance, en parlant des choses.
C'était [porter le bougeoir du roi] une distinction qui se comptait, tant le roi avait l'art de donner l'être à des riens ! [SAINT-SIMON, 102, 92]
Manière d'être, condition, position dans le monde.
Il m'apprit en secret et son nom et son être [MAIR., Solim. I, 5]
On pourrait voir chaque chose réduite En son état, s'il arrivait qu'un jour L'autre [le maître] devînt l'intendant à son tour ; Car, regagnant ce qu'il eut étant maître, Ils reprendraient tous deux leur premier être [LA FONT., Belph.]
M. d'O fut mis auprès de M. le comte de Toulouse avec le titre de gouverneur et d'administrateur de sa maison ; cela lui donna un être, une grosse subsistance [SAINT-SIMON, 39, 201]
Vaudemont, sans biens, sans être, sans établissement que ce qu'elle lui donnait, s'était soumis aux ordres de l'Espagne [ID., 96, 17]
Être représentatif, qualité de représentant, d'ambassadeur.
Si les ambassadeurs abusent de leur être représentatif, on le fait cesser, en les renvoyant chez eux [MONT., Espr. XXVI, 21]
S. m. plur. Les êtres, voy. ÊTRES.

HISTORIQUE

  • XIIe s.
    Je deïsse et l'estre et l'errement, Se j'osaisse en faire mention, De la grant cour de France au dous renon [HUES DE LA FERTÉ, Romancero, p. 182]
    1re et malveis conseil unt le rei deceü, Qui l'unt vers le saint humme issi fort commeü ; Li reis aveit sun estre [sa manière d'être] ainceis bien coneü ; Or cuidout [pensait] qu'il fust tels cum il l'out ainz veü [, Th. le mart. 39]
    Pur espier et aprendre l'estre, e damager le païs, ses messages iad enveied [, Rois, p. 151]
  • XIIIe s.
    Or me laissiez dont [donc] demander : Venistes vos por truander ? Naie [non], ainz je ving [vins] veoir vostre estre [, Ren. 999]
    Et il lessent la fin commune, à quoi tendent et tendre doivent Les choses qui estre reçoivent [, la Rose, 6356]
    Il [l'homme] a son estre avec les pierres, Et vit avec les herbes drues, Et sent avec les bestes mues [, ib. 19246]
  • XIVe s.
    Telle personne seroit bien loing de la commune nature et de l'estre des hommes [ORESME, Eth. 97]
    Le pere est au filz cause de son estre [ID., ib. 248]
  • XVe s.
    Aucune fois venoit la royne vers luy, ou on lui aportoit ses enfens ; là parloit aux femmes et demandoit de l'estre [de l'état] de ses enfens [CHRIST. DE PISAN, Charles V, I, 16]
    Demanderent l'ung à l'autre dont ilz estoient, et quelle adventure le menoit si seul ; et il lui compte de son estre une partie [, Lancelot du Lac, t. II, f° 34]
    Bons mariniers experts qui sachent l'estre et la naissance de tous vents [, le Jouvencel, f° 88, dans LACURNE]
    Gerard, sachant son estre [ayant l'usage du monde], comme celuy qui à la court avoit esté nourry, les salua moult courtoisement [, Gerard de Nevers, 1re part. p. 125, dans LACURNE]
  • XVIe s.
    Le masle et femelle ne cerchent seulement leur estre, mais aussi de s'ayder l'un l'autre [LA BOÉTIE, 89]
    Qui ne se savent garder d'adviser à leurs naturels privileges et de se souvenir des predecesseurs et de leur premier estre [ID., Serv. volont. p. 43, édit. FEUGÈRE]
    Lycurgus n'a point laissé de livres ny de papiers, ains a produit et mis realement en estre une forme de gouvernement que nul avant luy n'avoit jamais inventé [AMYOT, Lyc. 65]
    Nous adorons nostre roy, comme l'image du Dieu de nature, qui maintient toutes choses en leur estre et entier [ID., Thém. 49]
    Il y a encore jusques aujourd'huy en estre quelques uns des dons qu'il a consacrez aux dieux [ID., Nicias, 4]
    Bien que les champs de ton estre [pays].... Du pays qui me vid naistre, Ne se bornent pas bien loin [RONS., 548]
    En dignité pareille il nous faudroit donc estre, Si voulions ressembler les auteurs de nostre estre [ID., Eleg. 10]
    L'un [au lit de mort] plainct la compagnie de sa femme, l'autre de son fils, comme commoditez principales de son estre [MONT., I, 79]
    Il est du lignage et estre dont l'heritier procede [, Coustum. gener. t. I, p. 897]
    Ne se faut point esmerveiller si nous voyons venir en estre quelque chose qui paravant n'ait point esté [PASQUIER, Lettres, t. III, p. 510]

ÉTYMOLOGIE

  • Être 1.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE

    2. ÊTRE. Ajoutez : - REM. J. J. Rousseau a dit : encore en être, pour : encore existant.
    Si ces lettres sont encore en être, et qu'un jour elles soient vues, on connaîtra comment j'ai aimé [ROUSSEAU, Confess. IX]
    Si jamais, retournant dans ces beaux lieux [Lhéris], j'y retrouvais mon cher noyer encore en être, je l'arroserais de mes pleurs [ID., ib. X]

ÊTRE3

(ê-tr') s. m.
Terme d'administration forestière, qui s'emploie dans la locution : à blanc être, synonyme de à blanc estoc. Voy. ESTOC.

HISTORIQUE

  • XVIe s.
    Si je voulois me contenter d'enmener ce que je trouverois de trouppes en estre [sur pied] [BASSOMPIERRE, Mém. t. II, p. 182]

ÉTYMOLOGIE

  • Estre a quelquefois signifié être debout par une confusion avec le verbe ester qui a proprement ce sens. C'est ce qui est arrivé ici.
Émile Littré's Dictionnaire de la langue française © 1872-1877

être

ÊTRE. (Je suis, tu es, il est; nous sommes, vous êtes, ils sont. J'étais. Je fus. Je serai. Sois. Soyons. Soyez. Que je sois; que nous soyons. Que je fusse. Étant. Ayant été.) v. intr. Exister. Je pense, donc je suis. Dieu, dans l'Écriture sainte, s'appelle Celui qui est. Tous les hommes qui ont été, qui sont, ou qui seront. Vous n'étiez pas encore au monde, ou simplement Vous n'étiez pas encore lorsque cet événement arriva. Qui sait si nous serons demain? Il n'est plus, Il est mort.

Prov., On ne peut pas être et avoir été, On ne peut pas être toujours jeune.

Ainsi soit-il, Formule d'affirmation, d'adhésion, de voeu par laquelle on termine plusieurs prières religieuses. On le dit quelquefois, dans le langage ordinaire, par manière de souhait.

Soit, troisième personne du singulier du présent du subjonctif, s'emploie souvent pour marquer Adhésion, consentement. Eh bien, soit. Voyez SOIT, conjonction, à son ordre alphabétique.

Il est s'emploie souvent, dans le style soutenu ou poétique, pour Il y a. Il est des hommes que la résistance anime, il en est d'autres qu'elle décourage. Il est, près de ces lieux, une retraite ignorée.

Il est midi, une heure, deux heures, etc. L'heure présente est midi, une heure, etc. Quelle heure est-il? À l'heure qu'il est. On dit de même Il est l'heure de partir. Il est temps de finir. Il est tard. Etc. On dit aussi Il est jour, il est nuit, Il fait jour, il fait nuit.

Avec les prépositions À, Dans, En, Sur, ÊTRE signifie Se trouver dans telle ou telle situation. Il sera à Paris dans quelques jours. Être au lit, à table. Être à genoux. Être à l'abri. Être dans le commerce. Nous sommes dans la belle saison. Être dans la misère. Il est actuellement en France. Nous étions en hiver, en été. Être en bonne santé. Quand il est sur ce sujet, il est intarissable.

Dans la langue familière, il signifie Aller, se rendre. Avez-vous été à Paris la semaine dernière?

Il signifie aussi Résider, se trouver. J'étais à Londres pendant que vous étiez à Paris.

Il signifie également Tirer son origine de. D'où est-il? De Bretagne, de Paris, de Hollande.

Sur d'autres emplois du verbe ÊTRE avec les prépositions À, Dans, De, En, Sur, etc., voyez ces prépositions à leur ordre alphabétique.

Fam., Je suis, je serai à vous dans un moment, Je vais me mettre à votre disposition, je vais m'occuper de vous dans un moment.

Je suis tout à vous, entièrement à vous, Je suis prêt à vous servir. Cette phrase s'emploie comme formule de politesse à la fin d'une lettre familière.

Il n'est point à lui, il n'est plus à lui se dit de Quelqu'un qui est agité d'une violente passion.

Fam., Il faut être l'un ou l'autre, tout l'un ou tout l'autre, Il faut avoir une conduite, une manière de penser décidée.

Y être, Être chez soi, recevoir. Madame y est-elle? J'y suis pour un tel. Je n'y suis pour personne.

Ne pas y être, Se méprendre sur la véritable interprétation d'une parole, d'une action. Il se dit aussi à une Personne qui ne saisit pas, qui ne touche pas le point d'une affaire, ou qui ne s'y prend pas bien pour faire quelque chose. On dit dans le sens contraire : Vous y êtes, j'y suis, etc.

En êtes-vous là? Croyez-vous cela? Êtes- vous donc dans cette résolution, dans cette erreur? Il signifie aussi Êtes-vous dans un tel embarras, dans une telle détresse?

Où en sommes-nous? se dit quelquefois par indignation, par forme de plainte, quand on voit quelque grand désordre.

Il ne sait où il en est, se dit de Quelqu'un qui est troublé, embarrassé, qui ne sait ce qu'il fait, qui ne sait par où sortir d'affaire.

ÊTRE s'emploie aussi pour relier au sujet une qualité, une manière d'être qu'on lui attribue et qui est exprimée par un adjectif ou par un nom faisant fonction d'adjectif ou par un adverbe. Dieu est éternel. Les hommes sont mortels. Cette proposition est vraie, est fausse. Mon fils est malade. Il est le père de cet enfant. Être avocat, médecin, professeur. Il sera mon héritier. Cela est bien. Son médecin dit qu'il est mieux. Être couché, debout, assis.

Impersonnellement, Il en est ainsi. Il est bon de savoir à quoi s'en tenir. Il m'est impossible de mieux faire.

Fam., Voilà ce que c'est, Voilà en quoi consiste la chose, voilà ce qu'on se propose, ce dont il s'agit. Il signifie aussi La chose est arrivée par votre faute. Voilà ce que c'est que de désobéir. Sur CE, employé avec le verbe ÊTRE, voyez l'article CE, pronom démonstratif.

Être bien avec quelqu'un, Être bien vu de quelqu'un, être dans ses bonnes grâces; et, dans le cas contraire, Être mal avec quelqu'un.

ÊTRE s'emploie aussi comme auxiliaire pour former les verbes passifs. Je suis aimé. Il a été aimé. Quand il sera aimé. Que je fusse aimé.

Il sert également à former les temps composés de quelques verbes intransitifs et ceux de tous les verbes pronominaux. Il est passé. Il est venu. Il est tombé. Il est descendu. Il s'est dégagé. Il s'en est allé. Elle s'est blessée. Ils se sont embrassés. Elle s'est fait une robe. Ils se sont rendu mutuellement des services. Impersonnellement, Il s'est bâti de superbes immeubles dans ce quartier. Il s'était commis un grand crime en ce lieu-là. Il s'est tenu une assemblée.

Avec certains verbes intransitifs, il s'emploie aux temps passés, concuremment avec Avoir, mais avec une acception différente. J'ai monté trop rapidement. Je suis monté chez nous.

être

ÊTRE. n. m. Ce qui est. Dieu est un être infini, incréé. L'Être souverain. Le premier être. L'Être des êtres. Être réel. Être physique. Être moral. Être intelligent. L'homme est un être fini. Un être faible et timide. Êtres chéris. Cher petit être. Être charmant.

Il s'emploie quelquefois pour désigner la Personne dans sa sensibilité intime. Je suis remué jusqu'au fond de l'être.

Il s'emploie encore d'une façon particulière pour désigner une Personne contre laquelle on est indigné. Quel être vil et méprisable! Voilà un être bien insupportable.

Être de raison, par opposition à Être réel, se dit de Ce qui n'existe que dans l'esprit, dans l'imagination, d'une conception abstraite et générale. L'homme parfait est un être de raison.

Il signifie aussi Existence. Dieu nous a donné l'être.

Il signifie encore Réalité, par opposition à Apparence. En tout il préférait l'être au paraître.

Il se dit aussi pour ESTOC, en termes d'Eaux et Forêts. Couper à blanc être. Voyez ESTOC.

Dictionnaire de L'Académie française 8th Edition © 1932-5

etre


ETRE: la pénult. est longue dans être, ancêtre: salpêtre, fenêtre, Prêtre, etc. dans tous ceux, en un mot, qui ont l'accent circonflexe sur l'e pénultième. Elle est brève par tout âilleurs, soit que le t soit redoublé, comme dans lettre, mettre, etc. soit qu'il n'y ait qu'un t comme dans diamètre, etc.

être


ÊTRE: v. auxil. et substantif. Ainsi l'apellent les Gramairiens. Je suis, tu es, il est: nous sommes, vous êtes, ils sont. J'étois ou j'étais Je fus. J'ai été, je serai. Je serois, ou serais. — Sois, soyez, que je sois, tu sois, il soit: nous soyions, vous soyiez, ils soient. Que je fusse, j'aye étéj' eusse été. Étant. Ayant été.
   Rem. 1°. On ne doit écrire avec un accent circonflexe que ces deux temps, être à cause de la prononciation, et êtes par complaisance pour l'usage. On devrait écrire ce dernier avec l'acc. grave, vous ètes, parce que l'è y est moyen et non pas ouvert.
   2°. Il y a deux chôses à réformer dans le Dict. Gram. par raport aux deux 1res persones de l'Impératif, et du présent du subjonctif au pluriel. La 1re, c'est que sé-ion, sé-ié, n'est que pour la conversation. Dans le discours soutenu, il faut prononcer, soa-ion, soa-ié. Et ainsi pour l'oi du singulier, sois, soit; pron. ou soa. — M. Harduin assûre que l'o se prononce nécessairement en ou dans une diphtongue, et que l'on doit prononcer soué-ion, soué-ié. Il nous parait que cette prononciation n' est particulière qu'aux Provinces où l'on dit le Roué, la loué, pour le Roi, la Loi; et aparemment que c'est ainsi qu'on prononce en Artois ou Artoué. Pour nous, si nos oreilles ne nous trompent point, nous avons toujours oui dans la diphtongue oi le son d'oa, l'a fermé. = La 2de, c'est qu'en persistant à diférencier le subjonctif de l'impératif, d'après l'Ab. Regnier, par un i ajouté à l'y, nous soyions, vous soyiez, nous aurions dû marquer cette diférence dans les signes représentatifs de la prononciation; et écrire, sei-ion, sei-ié, ou soai-ion, soai-ié au subjonctif; et à l'impératif, sé-ion ou soa-ion, sé-ié ou soa-ié avec un seul i, c'est une contradiction que M. Harduin nous a fait remarquer, et dont il s'est prévalu contre notre sentiment: nous devons être jaloux de l'ôter.
   3°. Être, dans ses temps composés prend l'auxiliaire avoir. "J'ai été, j' avais été, et non pas je suis été, comme dit le peuple en certaines Provinces. Les Étrangers et les Italiens sur-tout doivent y faire atention. Dans la langue de ces derniers; le verbe être prend chez lui ses temps composés; sono stato, sarei stato, je suis été, je serois été, au lieu qu'en français il faut dire, j' ai été, j'aurais été, etc.
   4°. Le v. être sert à conjuguer tous les verbes passifs, une partie des verbes neutres, comme aller, arriver, devenir, etc. qui ont au prétérit, je suis allé, je suis arrivé, etc. et non pas j'ai allé, j'ai arrivé, etc. tous les verbes pronominaux ou réciproques, comme se blesser, qui fait au prétérit je me suis blessé, etc.
   5°. Le participe étant est indéclinable. Ainsi il faut écrire au pluriel comme au singulier, étant, et non pas étans. I. Être, signifie proprement exister: mais il est peu employé en ce sens. "Dieu dans l'Écritûre s'apèle celui qui est, qui existe nécessairement, et par lui-même. On dit: "Vous n'étiez pas encôre au monde, (vous n'existiez pas) lorsque cela est arrivé. "Tout les hommes qui ont été, qui sont ou qui seront. "Cela sera ou ne sera pas, arrivera, ou n'arrivera pas. = II. L'usage ordinaire de ce verbe est d'atribuer quelque chôse à un sujet par des adjectifs ou par des adverbes, auxquels il se joint. "Il est sage, grand, vertueux, etc. "Il est couché, il est debout. "Je veux qu'il soit de la sorte. "Il est mieux, il est plus mal. = III. Il signifie quelquefois apartenir, joint à la prép. à. "Cette maison est à moi. "Ce livre est-il à vous? etc. — Il sert aussi à marquer le sentiment: je suis pour un tel; ou l' opinion. "Il est fortement pour cette opinion, pour ce systême. = IV. On l'emploie souvent comme verbe impersonel, ou avec des adjectifs ou avec des noms substantifs. Alors il régit ou de avec l'infinitif, ou que avec le subjonctif. "Il est bon, il est utile de faire, de dire, que je fasse, que je dise. "Il est de ma gloire de savoir cèder; "Il est de votre justice de réparer ou que vous répariez le tort que vous m'avez fait. Le 1er régime est ordinairement le meilleur. = V. Dans le sens négatif ou avec le pronom démonstratif ce, il régit les noms sans article. Rousseau dit de la Raison.
   Mais ce rayon, parmi vous si vanté,
   N'est rien en soi qu'ombre et qu'obscurité.
"Dans ce monde changeant et mobile, c'est souvent constance de varier dans ses desseins. Jér. Del. Voy. C' EST, au mot CE.
   VI. Ce verbe entre dans beaucoup d'expressions, qui sont purement françaises, et qui sont de vrais gallicismes. = C'est à qui fera: chacun se dispute la gloire ou l'avantage de faire: "Les Romains et les Tusculans combatirent avec une égale émulation: c' étoit à qui auroit la gloire d'emporter les premiers retranchemens. Vertot. = Pour ce qui est de, équivaut au quod attinet des latins. "Pour ce qui est de la Religion chrétienne, (au Japon) elle ne soufrit point pendant les troubles. Charlev. "Pour ce qui est des femmes (sauvages), elles travaillent depuis le matin jusqu'au soir comme des esclâves. Let. Édif. = Être sur une matiere, sur un sujet; être ocupé à les traiter, à les discuter. "Pendant que nous sommes sur cette matière. Boss. — "La main de Dieu fut sur lui. Id. Cette dernière expression a un aûtre sens. Elle est tirée des Livres Saints, et ne peut être bonne que dans des discours sur la Religion. = Être long-tems à faire, c'est employer beaucoup de temps à faire quelque chôse. "Nos Demoiselles sont ordinairement dix ans à savoir ce qu'elles veulent. Mariv. * Un Auteur moderne done à cette manière de parler un aûtre sens, qui n'est pas bon, et qui fait entendre autre chôse que ce que cet Auteur veut dire. "Les descendans de Noé ne furent pas long-tems à altérer la pûreté du culte. — Il semble par cette expression, que les descendans de ce Patriarche avaient pris à tâche d'altérer le culte. Ce n'est pourtant pas ce que l'Auteur a voulu dire. Il aurait parlé plus correctement, en disant, qu'ils~ ne furent pas long-tems sans altérer la pûreté du culte. = Il n'est pas en moi, en lui, etc. Il ne dépend pas de moi, de lui, etc. "Le danger fût-il encôre plus grand, il n'est pas en moi de l'éviter. Marm. "Il avoit fait tout ce qui étoit en lui. Moreau. = Il n'est pas que vous n'ayiez sû, c. à. d. sans doute vous avez sû. "Il n'est pas que dans votre retraite vous n'ayez lu ces saintes maximes avec édification. Let. Edif. Ce tour de phrâse est un gallicisme, qui n'est bon que dans le style simple. = Il en est de... comme de... "Il en est des hommes comme des animaux. "Il en sera de sa félicité comme de ses songes, etc. * Vaugelas voulait qu' on retranchât en: le P. Bouhours soutenait au contraire que cette particule était nécessaire. Son sentiment a prévalu; et ce serait aujourd'hui une faûte que de dire, il est des hommes comme, etc. Il sera de sa félicité comme, etc. Mde Dacier y est tombée. "Il est du Théâtre comme de la Peintûre, où les uns sont bons pour l' ordonance, les aûtres pour les attitudes, etc. Il falait: il en est du Théâtre comme, etc. — * Mascaron met, il est, au 2d membre de la phrâse et après comme. "Il en est des âmes basses et vulgaires, comme il est des oiseaux domestiques et terrestres. Il falait dire, comme des oiseaux ou du moins comme il en est des oiseaux. La 1re manière est la meilleure: la 2de est lâche et trainante. = En être, signifie quelquefois en arriver. "Il en sera ce qu'il plaira au ciel. Rayn. "* Restons encôre quelques jours ici, pour voir ce qui en sera. MARIV. Il faut dire ce qu'il en sera, ce qu'il en est, comme on dit ce qu'il vous plaira, et non pas ce qui vous plaira. Voy. PLAIRE. "Elle pense qu'il seroit mieux de lui dire dabord ce qui en est. Fielding. Dites, ce qu'il en est.
   VII. Les prétérits du v. être s'emploient souvent pour ceux du v. Aller. On dit, j'ai été, je fus chez vous, et au futur je serai bientôt chez vous, pour dire, je suis allé, j'allai, j'irai, etc. On le trouve plusieurs fois chez Corneille. Mais cette manière de parler, admise encôre dans le langage familier, ne peut plus être tolérée dans un ouvrage, qui demande de l'élégance. Journ. de Paris. = Il est ou il n'est, se dit pour il y a ou il n'y a. Vaugelas et Th. Corneille ont fait là-dessus de grandes remarques. Elles se réduisent à dire que de ces deux manières de parler, l'une, en certaines ocasions, vaut mieux que l'aûtre, mais qu'ordinairement on peut les employer indiféremment. "Il est, ou il y a des herbes si venimeûses qu'elles font mourir subitement. "Il n'est ou il n'y a point d'homme si stupide, qui ne reconoisse une Divinité. — En vers, il est ou il n'est, sont les seuls bons: il y a ou il n'y a, ne peuvent y être employés à caûse de l'hiatus.
   VIII. Être, joint à ce, signifie quelque-fois le devoir ou l'autorité, et alors il régit à devant les noms, et de ou à devant les verbes. "C' est au maître à parler; c'est au disciple d'écouter: c'est au Prince à juger de ses Ministres; c'est à nous d'être soumis à ses volontés. — De vaut mieux, quand le verbe comence par une voyelle: c'est à nous d'obéir, et non pas à obéir. On doit le préférer aussi pour éviter la rencontre de plusieurs à. Ex. "C'est à lui à se conformer à la volonté des Magistrats. Ces trois a si près l'un de l'aûtre, n'auraient pas bonne~ grâce. Ainsi, il vaut mieux, dans cette ocasion, se servir de la prép. de, quoiqu'elle soit devant une consone. "C'~ est~ à lui de se conformer, etc. Voyez C'EST, au mot CE.
   IX. On dit, n'être pas pour, n'être pas capable de..... "De pareils engagemens n'étoient pas pour arrêter un homme ambitieux. Vertot. "Un homme de ce caractère n' étoit pas pour s'aquiter modérément de cette commission. Anon. Si ce tour est français, il n'est pas du moins du beau style. — Sans la négative, il ne vaudrait tout-à-fait rien. On ne dirait pas: "De pareils engagemens étaient pour arrêter, etc. "Un tel homme était pour s'aquiter, etc. = Être à comprendre: ne pouvoir comprendre. "Je suis encôre à comprendre qu'il y ait des hommes si fiers à l'égard des aûtres hommes. Mariv. = Est-il de?... convient-il à?..
   Est-il donc d'un héros d' écouter la natûre?
   Socrate en étoufa jusqu'au moindre murmûre.
       L. Racine.
On dit aussi, dans le même sens: Il n'est pas de...
   Il n'est pas d'un chrétien d'abhorrer les soufrances.
= Y être, pour y ateindre. "Vous n'y êtes pas; vous ne l'avez point deviné.
   Regardez bien, ma soeur,
   Est-ce assez, dites-moi, n'y suis-je pas encôre?
       La Font.
= Être de... Prendre part à... "Je suis de toutes ses parties de plaisir. = Être à... Étre dévoué, ataché à... "Il faut être tout à Dieu: Je n'étois plus au monde, je n'étois plus à moi même. "Je suis tout à vous. — Remarquez que, je suis à vous, ne signifie pas seulement, je vous suis dévoué, mais qu'il signifie aussi, je reviens dans l'instant. = Il n'est pas que vous ne sachiez. Vous savez sûrement. "Si vous cherchez bien, il n'est pas que vous ne trouviez quelque sentier qui vous menera au haut du rocher. Rollin. = Si j'étois que de vous: si j'étais à votre place. C'est une de ces phrâses irrégulières que l'usage a consacrées.
   Je ne soufrirois pas, si j'étois que de vous,
   Que jamais d'Henriette il pût étre l'époux.
       Mol.
= * On disait autrefois, n'était que pour, si ce n'est que; lequel équivaut à mais. "Aussi les aurions-nous remarqués (ces vers excellens) n'étoit qu' ils se découvrent assez d'eux mêmes. Acad. Sent. sur le Cid.
   Et j'y pouvois, Seigneur, mériter quelque part,
   N'étoit qu'afermissant votre heureuse fortune
   Je n'ai fait qu'empècher qu'elle nous fût commune.
       Corn. Bérén.
  N'eût été Mucian, qui le tint dans Lyon,
  Il se faisoit le chef de la rébellion.Ibid.
C. à. d. sans Mucian, qui, etc.
   Rem. 1°. Avec la négative, être se met quelquefois à la tête de la phrâse et devant le sujet (le nominatif.) "N'est pas toujours gai qui veut (st. fam.) vaut mieux que: qui veut être gai ne l'est pas toujours. = 2°. L'adjectif devant le v. être est un tour suranné, et fait une inversion dûre.
   Chaque castor agit: commune en est la tâche,
   Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche.
       La Font.
On dit aujourd'hui, même en vers, même dans le style fam.: la tâche en est commune. On ne soufre plus cette construction que dans le st. marotique. = 3°. Être régit ordinairement les noms adjectifs ou substantifs au nominatif, et quelquefois sans article. "Il est doux, civil. "Vous en êtes le maître. "Il est bon père, etc. = 4°. Ce qui est, et ce qu'il y a, ont diférens régimes. Le 1er régit les noms sans préposition: le 2d exige la prép. de. "Ce qui est certain, et ce qu'il y a de certain. * Vertot dit: ce qui est de certain. Fénélon, ce qui est d'étonant. De Saci, ce qui est de terrestre, ce qui est de plus conforme à, etc. Un aûtre Ecrivain, ce qui est de vrai. Mde. de Sévigné et Marivaux le disent aussi. La préposition de est-là de trop. = 5°. * Autrefois on employait être avec des pronoms personels au datif, au lieu de pour.: "Ce m'est, ce vous est, ce lui est, etc. au lieu de, c'est pour moi, c'est pour vous, c'est pour lui, etc. "Mde. de Coulanges m'a mandé que vous m'aimiez. Quoique ce ne me soit pas (ce ne soit pas pour moi) une nouvelle, je dois être charmée que cette amitié résiste à l'absence et à la Provence. Sévig. "Un tissu d'énigmes leur seroit (seroit pour eux) une lectûre divertissante. La Bruy.
   Et jusqu'à cet hymen, Rodrigue m' est aimable.
       Corn.
Pour, est aimable à mes yeux. — Ce datif n'est bon qu' avec les adjectifs auxquels l'usage a acordé ce régime. "Cela m'est utile, vous sera agréable, lui sera odieux, etc.

être


ÊTRE, s. m. [1re ê ouv. et long, 2e e muet.] Ce qui est. "Dieu est un être infiniment parfait. "L'Être Souverain. "Les aûtres êtres ne sont rien devant lui: ils n'existent que par lui. = Être signifie aussi l'existence. "C'est Dieu, qui nous a doné l'être. = Au pluriel, les êtres d'une maison, les degrés, corridors, chambres, etc. "Il sait tous les êtres de cette maison. "Il conaît les êtres.
   Rem. Ce mot a paru long-temps, dans les deux premiers sens, un terme trop scientifique pour être admis dans le langage ordinaire. Aujourd'hui on l'emploie et dans la prôse et dans les vers; et à l'exception d'un petit nombre de gens d'un goût peut-être trop délicat, persone n'en est blessé. — L' Être Suprême est le mot de ceux qui trouvent qu'il est trop bourgeois et trop chrétien de dire Dieu. — Les Dieux, dit M. Le Mierre,
   À~ tout être sensible ont inspiré ces voeux.
   Ah! la secrette voix de ces êtres augustes
   Crie au fond de nos coeurs: soyez bons, soyez justes.

Jean-François Féraud's Dictionaire critique de la langue française © 1787-1788
Synonymes et Contraires

être

nom masculin être
1.  Tout ce qui vit.
2.  Individu de l'espèce humaine.
Le Grand Dictionnaire des Synonymes et Contraires © Larousse 2004
Traductions

être

(ɛtʀ)
verbe intransitif
1. indique l'état, la qualité de qqn ou qqch l'eau est chaude être bien être à l'école
2. appartenir à qqn Ce sac est à moi.
3. aller au passé J'ai été à New York deux fois.
4. être d'accord, n'être pas d'accord avec qqch
5. introduit, présente qqn ou qqch C'est mon ami. Ce sont mes affaires.
6. pour poser une question Est-ce que tu viens avec nous ?
7. pour introduire une histoire

être


verbe auxiliaire
permet de construire les temps composés Elle est partie. Nous nous sommes retrouvés dans un café.

être

sein, Wesen, abkommen, einig, empfehlen, entbehren, es, gewinnen, kippen, Lebewesen, spinnen, verantwortlich zeichnen, verstehen, werden, zeichnenbe, being, to be, creature, getzijn, wezen, hebben, worden, verkeren, zichbevinden, (het) bestaan, schepsel, liggen, staan, steken, zien, zittenהובס (הופעל), היה (פ'), יצור (ז), נברא (ז), נפש (נ), נשמה (נ), הָיָה, יְצוּר, נֶפֶשׁ, נְשָׁמָהweesсъмésser, estar, serbýtværeείμαι, ονestiestar, serolemaبودنollaहोनाbitilenniesser, seradaveraessere, stare, ente, esistere, permanere, versareある, だ, です, 存在, 居る, 生物, ・・・がある, いる이다, 있다esse, sumbūtibūtværebyćestar, ser, achar-se, existir, haverfiбыть, состоятьbyťbitivaraolmak, imek, var olmakбуті, يَكُونُ, يَكْونเป็น อยู่ คือlà, ở (ɛtʀ)
nom masculin
1. ce qui vit les êtres vivants un être humain
2. personne un être cher
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être

[ɛtʀ]
nm → being
être humain → human being
vb (avec attribut)
(état, description) → to be
Il est instituteur → He's a teacher.
Vous êtes grand → You're tall.
Vous êtes fatigué → You're tired.
Je suis heureux → I'm happy.
C'est moi! → It's me!
(appartenance) être à qn → to be sb's, to belong to sb
Ce livre est à Paul → This book is Paul's., This book belongs to Paul.
C'est à moi → It's mine.
C'est à eux → It's theirs.
C'est à lui de le faire → It's up to him to do it.
(origine) être de → to be from
Il est de Paris → He is from Paris.
Il est des nôtres → He is one of us.
(obligation, but) être à (+ infinitif)
C'est à réparer → It needs repairing.
C'est à essayer → You should try it.
Il est à espérer que → It is to be hoped that ...
vi
(= se trouver) → to be
Je ne serai pas ici demain → I won't be here tomorrow.
(date)
Nous sommes le 10 janvier → It's the 10th of January., Today is the 10th of January.
(= faire partie) → to be
être de ceux qui ... → to be one of those who ...
Il voulait en être → He wanted to be part of it.
(= exister) → to be
être ou ne pas être ... → to be or not to be ...
(autres locutions) en être à qch (= avoir atteint) → to have got to sth, to have got as far as sth (= être réduit à) → to be reduced to sth
Nous en étions au dessert → We had got to the dessert., We had got as far as dessert.
Il en est à faire des ménages pour vivre → He's been reduced to doing cleaning jobs to earn a living.
en être pour ses frais → to get nothing for one's trouble
vb aux
(dans verbes composés) → to have
être arrivé → to have arrived
être allé → to have gone
Il est parti → He has left., He has gone.
Il n'est pas encore arrivé → He hasn't arrived yet.
(forme passive) → to be
être fait par → to be made by
Il a été promu → He has been promoted.
vb impers
(avec attribut) il est ... → it is ...
Il est impossible de le faire → It's impossible to do it.
(pour dire l'heure)
Il est 10 heures → It's 10 o'clock.
voir aussi est-ce que, n'est-ce pas, c'est-à-dire, ce
Collins English/French Electronic Resource. © HarperCollins Publishers 2005